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Changement de sexe: des ados laissés pour compte

Si les services pour les personnes transsexuelles sont rares, ceux pour les moins de 18 ans sont quasi inexistants. La seule clinique qui fait des opérations de changement de sexe au Québec n'opère d'ailleurs que des gens ayant atteint la majorité. Une situation qui en laisse plusieurs fort désemparés.

«Le jeune qui le sait depuis l'âge de sept ans et qui arrive à 14 ans en disant "Je veux me tuer", je lui dis quoi en attendant ?», demande Jacinthe Adam, de GRIS Québec.

Le jeune Alexis Comte, qui suit actuellement un processus de changement de sexe, a touché le grand public lors de son passage à l'émission Tout le monde en parle en février dernier.
 

L'organisme de lutte contre l'homophobie et de soutien aux jeunes homosexuels a hérité de la clientèle transsexuelle «par défaut», en l'absence de services qui leur soient propres à Québec.

La conviction de ne pas appartenir au bon sexe s'impose souvent très tôt dans la vie. Pas difficile alors de comprendre qu'à l'adolescence, la «crise» est intense, note l'intervenante. Maude (prénom modifié), 18 ans, qui participe à l'entrevue, opine. Après des années de cauchemar, elle commence seulement à sortir la tête hors de l'eau. «S'il n'y avait pas eu Jacinthe, je ne serais plus là», confie-t-elle.

«Des parents vont se dire que c'est une passe d'ado, que ça va passer, mais ce n'est pas le cas», souligne Chantale Lavoie, de Tiresias-Québec. Depuis cinq ans, ce groupe de discussion et d'entraide organise des rencontres à Québec pour les personnes transsexuelles, transgenres et travesties, ainsi que leurs proches.
Mme Lavoie est elle-même transsexuelle. «Pour moi, ça a toujours été clair que j'étais pas dans la bonne équipe», commente avec humour la femme de 41 ans, qui vit à temps plein selon son sexe psychologique depuis l'âge de 30 ans. Auparavant, dit-elle, elle a tenté de se conformer, le jour, en public, à son sexe biologique, mais avec peu de succès.

Comme Jacinthe Adam, elle déplore que le suicide, les tentatives de suicide et les dépressions soient trop souvent le lot des personnes mettant en doute leur identité sexuelle.

Tout est à faire

Jacinthe Adam constate que tout est à faire pour aider les personnes vivant un problème d'identité sexuelle. Du vocabulaire respectueux à développer, en passant par la formation. Des travailleurs sociaux, des professeurs désemparés face à un ado l'appellent. «J'ai vu des jeunes se faire refuser l'accès à des psychologues qui disaient ne pas avoir les compétences pour les suivre», déplore-t-elle.

Elle et sa collègue de Tiresias en appellent d'ailleurs aux professionnels qui seraient prêts à donner un coup de main pour mieux répondre aux besoins et permettre le développement d'une expertise.

Journaliste: Claudette Samson

Le Soleil 30.03.07

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