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Naître dans le mauvais corps
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C'est l'histoire d'un gars qui part de
l'usine le vendredi soir, et qui revient
le lundi matin transformé en femme.
Transsexualité. Une réalité étrange, mal
comprise. Souvent confondue avec
l'orientation sexuelle, voire un «trip»
sexuel. Une réalité qui ramène au
fondement même de l'individu: son
identité sexuelle.
l n'est pas question ici d'un
comportement nécessaire à
l'accomplissement sexuel, par
exemple le besoin de revêtir des
sous-vêtements féminins pour
stimuler l'excitation. Le sentiment
d'appartenir à l'autre sexe que
celui dont nous a gratifié la nature
vient du plus profond de l'être. Une
certitude ancrée dans la personne
depuis qu'elle a appris à sentir la
différence entre un homme et une
femme, entre un garçon et une fille. |
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«C'est antérieur à la sexualité», note
le psychiatre Jean-Pierre Bernatchez.
«Ce n'est pas un choix. C'est comme
naître droitier ou gaucher», illustre
Élyse Létourneau, de la Coalition des
transsexuels et transsexués du Québec,
elle-même transsexuelle.
Olivier (prénom modifié), 24 ans, qui a
lui aussi «sauté la clôture», n'était
«qu'une petite fille» qu'il se fâchait
déjà contre ses parents qui voulaient
lui mettre des robes.
Démarche douloureuse
Changer de sexe est une démarche longue
et difficile, parsemée de souffrances
morales encore plus que physiques, qui
demande beaucoup de courage à ceux qui
l'entament. Peut-être est-ce pour cette
raison que les personnes rencontrées au
cours de ce reportage présentaient
toutes de grandes qualités
d'authenticité. Envers et contre tous
les obstacles, elles ont choisi d'être
elles-mêmes, au risque de bouleverser
aussi la vie de leur entourage.
Parents chamboulés, amis en état de
choc, les choses ne sont pas simples. Et
qu'on le veuille ou non, le gars qui
revient à l'usine habillé en femme cause
une certaine commotion.
Une telle transformation ne se fait
évidemment pas en un claquement de
doigts. Avant l'opération chirurgicale
qui fera d'un homme une femme ou d'une
femme un homme, la personne
transsexuelle devra prendre des hormones
et vivre à temps plein de un à deux ans
«comme l'autre sexe».
La démarche se prépare. Le Dr Bernatchez
donne l'exemple de cet homme devenu
femme et qui a bien préparé son
entourage, à un point tel que ses
collègues l'ont réélue au sein du
syndicat.
«Moi, je n'ai rencontré personne qui,
une fois informé de façon adéquate,
n'avait pas une attitude positive et
respectueuse», soumet quant à elle Élyse
Létourneau.
Le père d'Olivier se dit pour sa part
«bien content» du changement qui lui a
donné un fils, ce qui a remis les choses
en place. Maude (prénom modifié), 18
ans, qui vit en fille depuis quelques
semaines mais n'a pas encore entamé la
démarche psychiatrique et médicale qui
la mènera vers un changement de sexe, a
un «père fantastique, qui a accepté de
faire le deuil de son fils unique»,
soumet l'intervenante qui la supporte.
Mais il est vrai également que certains
voudront créer une coupure avec le
passé. Un désir qui atteint son
paroxysme chez cette patiente du Dr
Bernatchez qui, après son opération,
annonçait son déménagement et exprimait
un regret : «qu'il reste deux personnes
sur terre qui le sachent, le chirurgien
et vous».
Journaliste: Claudette Samson
Le Soleil 30.03.07 |