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Patrick Verret
Quand un homme naît dans un corps de
femme
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En 1997, Patrick est enfin devenu
l’homme qu’il avait voulu être toute
sa vie. Jusque-là il avait dû vivre
sous les traits de Manon, une jeune
femme qui a même été championne de
culturisme. Itinéraire d’un
changement de sexe.
Patrick Verret, âgé de 48 ans,
savoure pleinement sa liberté. Pour
lui, la vie n’était qu’un long
parcours parsemé d’embûches, jusqu’à
ce qu’il subisse un changement de
sexe, en 1997, et qu’il rencontre
Claudine, sa conjointe. |
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Patrick, à quel moment avez-vous
senti que vous étiez vraiment un homme?
Mes premières crises d’identité ont
commencé très tôt. Dès l’âge de deux
ans, quand ma mère me mettait une robe
sur le dos, je hurlais. À quatre ou cinq
ans, je répétais à ma mère que j’étais
infirme. Je lui demandais pourquoi Dieu
m’avait privé de mon pénis.
Et que vous répondait votre mère?
Elle me disait : « Si tu es une fille
avec un cerveau de garçon, c’est que
Dieu l’a voulu ainsi. » Ma mère avait
déjà deux garçons, et elle était donc
ravie d’avoir une fille. Elle me
répétait souvent : « Tu es très belle,
Manon, et un jour, tu vas devenir une
vrai femme, une maman aussi. »
Comment vous perceviez-vous à
l’époque où l’on vous appelait Manon?
Pour moi, j’ai toujours été un gars, et
rien d’autre, Je me revois encore à neuf
ans avec mes cousines. Je leur
disais : « Un jour, vous allez voir, les
médecins vont me guérir. Ils vont me
poser un pénis, parce que je suis un
gars. » Puis, à 10 ans, j’ai eu mes
premières menstruations. J’avais dédain
de moi, de mon corps!
À l’école primaire, les autres
enfants ont dû vous faire la vie dure?
Et comment! En dessous de ma robe, je
portais un pantalon. On me le retirait
et les enfants chantaient : « C’est le
pirate Maboule, qui a perdu la boule… »
Étant donné aussi que je louchais, on me
rabaissaient continuellement. Les
garçons ne voulaient jamais jouer avec
moi et, pour ma part, je ne désirais pas
m’amuser avec les filles. Je me
retrouvais donc souvent tout seul dans
mon coin. Finalement, le directeur de
l’école a convaincu mes parents de
m’emmener voir un psychiatre.
L’adolescence est la période de la
quête d’identité. Comment avez-vous
traversé cet âge difficile?
J’ai vécu la pire descente aux enfers.
J’ai voulu mourir à plusieurs reprises
et j’ai même tenté de m’enlever la vie.
Vous étiez attiré par les filles?
Oui, comme un hétérosexuel l’est, sauf
que pour faire plaisir aux autres, à ma
mère surtout je jouais à la femme
parfaite. Je portais du gros maquillage,
j’avais les ongles longs, une démarche
élégante, etc. Mes mensurations étaient
36-24-34. J’attirais bien des regards
Sur le plan sexuel, est-ce que
c’était difficile pour vous?
Étant donné que je me percevais comme un
gars, j’étais assurément attiré par les
femmes, sauf que les filles
homosexuelles me disaient souvent : « Tu
pense comme un gars, tu agis comme un
homme, ce n’est pas normal… »
Comment avez-vous vécu le changement
de sexe?
Sur le plan physique et mental, c’est
très difficile. J’ai subi cinq grosses
opérations, sans compter toutes les
thérapies aux hormones. Changer de sexe
demande un bon cinq ans de patience.
Finalement, le 3 mars on m’a construit
un pénis. J’étais vraiment moi, un
homme, avec tous ses morceaux!
Entre chaque opération, comment vous
sentiez-vous?
J’éprouvais de la peur. Je me retrouvais
entre deux sexes. À cause des hormones,
mon visage changeait d’apparence. Même à
la banque, la caissière se demandait se
j’étais une femme ou un homme. Parfois
on me disait : « Je ne peux pas changer
votre paie, c’est celle de votre
femme. »
Quelles sont les étapes à suivre pour
une femme qui souhaite changer de sexe?
Le traitement aux hormones commence dès
que le comité d’experts qui supervise le
processus donne son autorisation. Il
s’ensuit, environ deux ans plus tard,
l’opération pour l’ablation des seins.
En troisième lieu, c’hystérectomie
complète. La phalloplastie, soit la
construction du pénis, arrive en
quatrième étape. Enfin, quelques années
plus tard, de préférence, arrivent
l’insertion des prothèses testiculaire
et de l’implant érectile.
Comment avez-vous choisi votre
prénom?
Un jour, mon employeur, une femme, a
voulu me présenter à quelqu’un. Elle m’a
dit : « Puis-je t’appeler Patrick pour
les circonstances? » j’ai tout de suite
été séduit par ce prénom. Je l’ai donc
adopté.
Y a-t-il beaucoup de gens au Québec
qui vivent ce que vous avec vécu?
Chaque année, au Québec, il y a 200
personnes qui subissent un changement de
sexe, dont 90% sont des hommes, et 10%
des femmes.
Les opération doivent êtres très
coûteuses n’es-ce pas?
J’ai déboursé jusqu’ici plus de 45 000$.
Aujourd’hui, c’est encore plus cher.
Comment avez-vous rencontré Claudine
Limoge, votre conjointe actuelle?
J’ai fait sa connaissance dans un bar
situé à Saint-Sauveur, Je lui ai demandé
si elle voulait danser. Puis nous avons
échangé nos numéros de téléphone. On
s’est revus durant la semaine. Si je
n’avais pas dit à Claudine qui j’étais
avant, elle ne l’aurait jamais su.
Claudine, quelle a été votre réaction
quand Patrick vous a avoué qu’il avait
changé de sexe?
Dans notre première rencontre Patrick a
fait preuve d’une franchise exemplaire.
Il m’a dit : « J’ai quelque chose à te
dire. » J’ai répondu : « Quoi tu as fais
de la prison? » Et il a
rétorqué : « Non, j’étais une femme
avant. » Je n’ai pas réagi. Je l’ai
regardé droit dans les yeux et j’ai
attendu la suite.
Bien des gens doivent se questionner
sur votre orientation sexuelle, non?
J’ai toujours été attiré par les hommes,
et Patrick en est un dans tous les sens
du terme.
Journaliste: Manon Lacroix
La Semaine 2007 01
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