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Nick, 19 ans
Mon dur combat pour devenir un homme
Les cas de
transsexualité font peut-être moins
parler qu’il y a quelques années
(l’élément « nouveauté » est disparu)
mais il reste que la vie d’un
transsexuel n’est jamais facile. En
général, on parle de cas d’hommes
devenus femmes mais, ce qui est beaucoup
plus rare, il y a des cas de fille
devenues hommes ou en voie de devenir
hommes comme c’est le cas de Nick
Lalonde, anciennement Véronique et
devenue Dominique. Actuellement âgé de
19 ans, Nick vit son destin d’ « homme »
depuis un an car même si l’opération
finale n’a pas été encore faite, il
reste qu’extérieurement en tous cas, la
métamorphose est complète. Nick n’a pas
d’objection à raconter sont histoire, il
n’a pas peur d’être montré du doigt, il
se dit heureux et bien équilibré malgré
le fait que la nature lui ait joué un
bien mauvais tour en le mettant au monde
avec tous les attributs masculin sur le
plan psychologique mais avec des
caractères sexuels féminin. Son
cheminement vers son identité n’a pas
été facile et il aura fallu beaucoup de
volonté à ce jeune homme pour en arriver
au point où il en est. Selon lui, il y a
beaucoup à faire dans notre société et
la tolérance n’est pas toujours à son
meilleur quand il s’agit de cas comme le
sien. Là encore, il fait cependant une
distinction : monsieur et madame
tout-le-monde réagissent, en général,
assez bien mais c’est au niveau des
professionnels qu’il semblerait y avoir
un manque de compréhension, voire de
compassion. Nick m’a don raconté son
périple, son changement de la vie de
fille à celle de garçon et je vous
assure qu’il ne l’a pas eu facile : en
fait, il faut être drôlement déterminé
pour passer par où il a passé.
A votre
naissance, vous étiez donc une fille… à
tous les points de vue ?
-
Oui, j’étais parfaitement conforme, pas
l’ombre d’un doute.
Vous
n’étiez pas hermaphrodite par exemple ?
(Sujet doté à la fois de formes
féminines et masculines).
-
Non, j’étais véritablement la petite
Véronique Lalonde et jusqu’à l’âge de
quatre ans, il n’y a pas eu de problèmes
bien que… parait que je n’ai jamais
voulu louer avec des poupées et j’ai
préféré un G.I. Joe. Mais ça ne voulait
rien dire dans le fond et ça n’a
inquiété personne.
Quels
sont vos souvenirs les plus lointains
qui indiquent un malaise ?
-
Je
n’étais pas vieux… attendez… j’ai refusé
de me baigner parce qu’il y avait un
« haut » à mon costume de bain… je
voulais me baigner le torse nu… comme
les autres garçons. À ma confirmation,
ils ont été obligés de se mettre à
quatre pour me faire mettre la robe… je
n’en voulais pas. Je n’ai jamais voulu
porter de robes d’ailleurs.
Comment
ça s’est passé à l’école pour vous ?
-
Dès
que j’ai été capable, je me suis caché
du fait que j’étais une fille mais sans
trop m’en rendre compte : je portais
cheveux courts, pantalons mais je
n’étais pas confortable. On me traitait
de « garçon manqué » on me posait des
questions qui me mettaient sur la
défensive… mais je ne savais pas encore
trop ce qui n’allait pas.
J’avais
honte de mon corps
À quel
moment le problème s’est-il posé d’une
façon plus claire ?
-
À
13 ans, alors que mes seins se sont mis
à pousser : j’étais en état de choc,
j’avais honte, je ne savais que faire
pour les cacher. Ça peut sembler étrange
pour vous mais… tenez… vous êtes très
féminine… comment réagiriez-vous si vous
vous réveilliez avec un corps d’homme
demain matin ? Moi dans ma tête, j’étais
un garçon et de me voir comme ça, ça m’a
désespéré. Peu de temps après j’ai été
menstrué et ça a été le bouquet.
Qu’avez-vous
fait ?
-
Il
me fallait absolument cacher ces seins…
la honte, la gène… la confusion
régnaient dans mon esprit. Je marchais
les épaules courbées, je m’achetais des
bandes en élastiques pour les gens qui
veulent paraître mince et je portais ça
pour écraser mon buste. Évidemment, pas
question d’aller sur une plage pour me
baigner… c’est seulement depuis quelques
mois que je puis le faire.
Vous
étiez, à toutes fins pratiques, un être
humain extrêmement malheureux ?
-
Oui, je souffrais énormément et je suis
devenu « sauvage », timide, ne parlant à
personne à l’école, manquant totalement
de confiance en moi-même. Je n’étais
plus capable de parler à personne… je ne
m’identifiais pas aux filles évidemment,
je n’étais pas un garçon bien que j’en
avais l’air… on me traitait même
d’homosexuel et pourtant j’avais un nom
de fille… quel mélange.
A-t-il
déjà essayé de faire des poids et
haltères pour grossir sa musculature et
tenté de caché le fait qu’il avait des
seins en même temps ? Nick dit que cette
période a été la plus noire de sa vie :
perdu, désemparé, il ne savait plus qui
il était, où aller, quoi faire et il
fallait faire face à une multitude
incroyable de problèmes.
-
Je
montais jusqu’au quatrième étage à
l’école pour aller dans la toilette des
professeurs car je ne voulais pas aller
dans la toilette des filles et je ne
pouvais pas aller dans la toilette des
garçons. Pour tout finir, quand j’étais
menstrué, j’avais mal au ventre…
probablement parce que je refusais… Il y
avait ce terrible combat en moi… bref,
j’étais extrêmement malheureux.
Les
choses ne se sont pas arrangées avec le
temps… Véronique ne s’accepte pas, ne
veut pas être une fille mais elle
« est » fille. Un jour, elle lit un
article sur un cas de transsexualité et
ça l’intéresse, ça l’aide à commencer à
comprendre ce qui lui arrive ; elle
songe à Guilda… au travestisme… mais ça
n’est pas la solution bien qu’elle
s’habille de plus en plus en garçon.
Finalement, ayant bien réfléchi à tout
ça, à l’âge de 15 ans et demi, après
avoir parlé à ses parents, (Nick c’est
ainsi que Véronique se faisait appeler)
s’en allait consulter des médecins à
l’hôpital Royal Victoria.
Ma mère a
pleuré
Comment
ont réagi vos parents lorsque vous leur
avez parlé de ça ?
-
J’avais tellement peur de me sentir
rejeté mais non ; maman a bien pleuré un
peu mais elle m’a dit que le plus
important c’est que je sois heureux. Le
lendemain, à l’hôpital, j’ai été reçu
assez froidement et pourtant, j’avais
mis tous mes espoirs en eux. Ils m’ont
tous dit que ça serait assez long, qu’in
changement de sexe, ça ne se fait pas
comme ça et que j’étais pas mal jeune.
On m’a parlé d’une batterie de tests
(j’étais prêt à les passer tous) et on
m’a fait rencontrer je sais plus combien
de psychologues et psychiatres.
Croyez-le ou non mais arrivé à 16 ans,
rien n’avait été fait ou amorcé et j’en
avais assez d’attendre.
Votre
sentiment de désespoir et de solitude
empirait ?
-
Oui, il ne se passait rien et je ne
sentais même pas de chaleur ou de
compassion de la part de tous les
professionnels que j’ai rencontré… à
quelques exceptions près. Il y avait une
femme qui était en charge de mons qui un
jour j’a dit : « On ne peut rien faire
pour toi tant que tu auras pas 18 ans
alors si tu as encore besoin, tu me
rappelleras à ce moment-là » Elle
m’avait dit cela froidement, sur le ton
d’une personne qui s’en fiche
complètement et je me demande si elle
savait que pour moi, tout s’écroulait…
c’étais la fin… ça faisait des mois que
j’attendais et j’étais rendu au bout de
mon rouleau, je n’en pouvais plus de
souffrir.
Vous
vous sentiez incapable d’attendre plu
longtemps ?
-
Si
je vous disais que bien souvent, j’ai
songé au suicide ; mais il y avait
heureusement, une lueur d’espoir car
quelques jours avant, un ami à moi avait
entendu une émission de nuit à CKVL. On
y avait interviewé une madame Marcelle
Godbout qui s’occupait activement des
cas de transsexualité et cet ami avait
pris son numéro de téléphone. Je n’ai
pas attendu et je l’ai appelée tout de
suite.
Ça
vous a aidé, vous vous êtes senti
compris ?
-
Oui, elle-même est transsexuelle et elle
a fondé l’A.T.Q. inc (Aide aux
transsexuels (les)). Heureusement
qu’elle était là car j’aurais sombré
dans le désespoir. Je l’ai rencontrée et
je me suis senti… enfin…compris…
accepté… aimé… un peu de chaleur
humaine… que ça a fait du bien après les
froids bureaux des médecins.
Cette
femme vous a donc beaucoup aidé ?
-
Pour commencer elle m’a emmené chez un
médecin qui était familier avec les cas
de transsexualité, un psychiatre qui m’a
reçu chez lui et non pas dans son bureau
ce qui a aidé, ça faisait moins
impersonnel. Il a immédiatement prescrit
des hormones et après un an, j’ai été
capable de me faire opérer aux seins car
ils avaient beaucoup diminué de volume.
Vous
vous êtes fait faire une mastectomie
double ?
-
Oui
et je puis vous dire que c’est très
douloureux comme opération. Mais si je
vous disais ma joie, mon bonheur…
c’étais ça qui paraissait le plus et là
j’ai été capable, à 18 ans, de me
baigner pour la première fois depuis que
j’avais 13 ans. Je me sentais enfin
libéré d’un corps dont je n’avais jamais
voulu de toute façon.
La
barbe a commencé à pousser…
-
Oui, les épaules se sont élargies, la
voix a mué bref, je commençais à me
réconcilier avec mon image.
Pour
bientôt : la grande opération
Dans
votre cas, l’opération finale n’est pas
encore faite ?
-
Non, mais en janvier 1986, je vais me
faire faire une hystérectomie
c’est-à-dire qu’on ça procéder à
l’ablation de l’utérus et des ovaires.
Je ne suis plus menstrué cependant car
avec les hormones que je prends… ça
c’est fini au moins.
Avez-vous
l’intention de vous rendre jusqu’au
stage suivant qui est l’opération
finale ?
-
Si
c’étais plus perfectionné, oui, je le
ferais mais… savez-vous ce qu’ils font
actuellement ? Je le sais, j’ai vu des
photos de cette opération et je n’hésite
pas à le dire, c’est une véritable
boucherie.
Avouez
que ça doit être plus facile d’enlever
que de rajouter dans un cas pareil ?
-
Oui, mais c’est pour cela que je préfère
attendre : imaginez un peu ; ils font
une incision sur l’abdomen et font une
lambeau de peau avec ça. Ils prélèvent
un autre morceau de peau sur la cuisse
et ils ramènent ça pour faire comme une
sorte de tube qui reste attaché au corps
le temps que la circulation se fasse. Au
fur et à mesure que la circulation se
fait, ils commencent à détacher le tube
(une sorte de boudin de peau) et ils
continuent à ajouter des morceaux de la
peau des cuisses pour que ça devienne
plus gros. Ils ferment ensuite le vagin
et coupent les grandes lèvres qu’ils
ferment : pour ce qui est des testicules
ils injectent du silicone et voilà.
Voilà
qui semble assez compliqué et c’est
fonctionnel ?
-
Non, pas vraiment, il faut ajouter un
implant en silicone et là encore… on ne
peut uriner debout, il faut s’asseoir et
lever le morceau de peau car on ne peut
emmener l’urètre au bout, il y a des
infections… non, très peu pour moi.
Avez-vous
rencontré des cas de transsexuels qui
ont déjà subi cette opération ?
-
Non, je sais ce qu’il y en a qui
téléphonent à l’A.T.Q. mais nous ne les
avons pas rencontrés et s’ils ne veulent
pas se montrer… ça ne doit pas trop bien
aller.
Actuellement,
vous êtes donc incapable de mener une
vie normale ?
-
Mais oui, je mène une vie normale.
Vous
ne pouvez tout de même avoir des
relations… enfin, vous me comprenez…
avec les femmes ?
-
Vous seriez surprise de voir la quantité
de femmes qui ont bien plus besoin de
tendresse et d’affection et qui
n’exigent pas nécessairement la
pénétration. Oui, quand une fille
s’intéresse à moi, je lui dis tout de
suite ce qui en est mais dans beaucoup
de cas, pas de problèmes et on m’accepte
tel que je suis.
Vous-même,
vous vous acceptez tel que vous êtes ?
-
Oui, c’es la seule façon d’être heureux
et bien dans sa peau vous savez et si on
veut que les autres nous acceptent, il
faut commencer pas s’accepter soi-même.
Dans le fond, c’est ce message-là que je
veux passer : s’il y a des transsexuels
qui lisent cet article, ne faites pas un
cas d’obsession d’opération comme ça a
été mon cas. Il y a des handicapés qui
s’acceptent tels qu’ils sont et je ne
dis pas que le fait d’être un
transsexuel, c’est un handicap mais le
mot-clé est l’acceptation de soi-même.
Heureusement
que vous vous êtes fait aider car les
choses n’allaient pas trop bien ?
-
Je
ne saurais dire jusqu’à quel point je
suis reconnaissant à Marcelle Godbout
car elle fait un travail incroyable avec
un service d’aide qui est essentiel pour
nous et j’en profite pour la remercier
de tout cœur car c’est grâce à elle que
j’arrive à fonctionner aujourd’hui.
Nick est
actuellement étudiant … dans le domaine
de la mode… et il est en voie de vivre
sa vie peut-être pas de la façon dont
vous et moi l’aurions rêvée mais il a la
sagesse de vivre au maximum avec ce
qu’il a au lieu de pleurer sur ce qu’il
a pas et je lui souhaite que la médecine
fasse de grands pas en avant afin qu’un
jour il puisse être un homme à part
entière.
Journaliste:
Yolande
Vigeant
Le Lundi
1985 10
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