Nick
« Le
jour de ma première communion, ils
ont dû s’y mettre à quatre pour
m’enfiler une robe… »
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« Quand ma
mère m’habillait d’une maillot
de bain deux pièces, je me
dépêchais d’enlever la brassière.
Le jour de ma première
communion, ils ont dû se mettre
à quatre pour réussir à
m’enfiler une robe ! »
Il a 18 ans. Il vit, s’habille
et pense comme un homme mais ses
papiers d’identité portent le
nom de Véronique Andrée Lalonde.
Né femme,
André puisque c’est comme ça
qu’il se présente dorénavant,
n’a jamais compris pourquoi la
nature lui avait donné un sexe
féminin. Il commence à peine à
parler qu’il disait déjà non aux
robes que sa mère lui proposait.
« Maman étant
pour le libre choix, elle ne m’a
jamais vraiment embêté à cause
de mes accoutrements de garçon
sauf dans les cas de force
majeure et, de cette façon, j’ai
pu vivre mon enfance en petit
gars sans trop de
complications », a confié André
au
journal. « Il y avait bien
mon prénom, Véronique, qui
intriguait mes camarades d’école
mais à la rigueur, on pouvait
penser que ma mère était une
originale et qu’elle avait donné
un prénom habituellement réservé
aux filles à son fils. Et puis,
lorsque quelqu’un me disait que
j’étais une fille, je lui
répondais : Veux-tu te battre
pour voir !"
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À 4 ans |

À 18 ans |
Une
douloureuse adolescence.
L’adolescence réservait toutefois de
bien cruels moments à ce garçon coincé
dans un corps de fille. « Lorsque mes
seins ont commencé à pousser et que j’ai
eu mes premières règles, je ne pouvais
pas y croire », poursuit ce beau jeune
homme dont le comportement n’a rien de
féminin « Mon corps devenait femme alors
que j’étais un homme. C’était horrible !
Je fuyais les cours d’éducation physique
où l’on voulait me caser avec les filles
et je refusait toute amitié de peur que
l’on découvre mon secret ! J’étais tout
à fait confus, terriblement agressif,
désespéré… »
Et puis un jour, un
article de journal sur la transsexualité.
Il peut alors mettre un nom sur son
problème. Il se confie à sa belle-sœur
puis à sa mère. La révélation est
douloureuse et les larmes coulent de
tous les côtés. On propose à André des
visites chez une psychologue. Il accepte
mais il ne tirera rien de ces deux
années de consultation. Plus le temps
passe et plus il se perçoit comme un
homme et la psychologue, tout comme sa
mère, persiste à lui parler au féminin.
Un cas de
suicide.
« Quand André est arrivé chez nous »,
explique Marcelle Godbout, un homme
devenue femme qui a mis sur pied l’Aide
aux Transsexuels du Québec (ATQ), « il
était au bord du suicide. La première
chose que nous avons faite, c’est
d’établir le contact avec sa mère. Je
lui ai écris une longue lettre pour lui
expliquer combien André souffrait d’être
traité en fille et, comme il s’agis
d’une femme très intelligente et ouverte
d’esprit, elle a vite compris l’ampleur
du drame qui se jouait. »
Depuis ce temps André
a un moral à toute épreuve et c’est avec
confiance qu’il envisage la vie même
s’il sait qu’il n’est pas au bout de ses
peines en ce qui concerne sa
transformation en homme. Un traitement
aux hormones mâles a transformé sa voix
de fille en une belle voix rauque et
masculine, arrêté ses menstruations et
fait apparaître un léger duvet sur son
menton. « Les hormones devraient aussi
réduire ma poitrine, mais si ce n’est
pas suffisant, je subirai une ablation
des seins », note-il les yeux pleins
d’espoirs.
Quand à la grande
opération, l’ablation
des organes féminins et la
reconstruction d’un organe mâle à partir
d’un lambeau de peau prélevé sur le
ventre, André hésite encore. « Le
résultat de cette opération n’est
vraiment pas esthétique », souligne-t-il.
« Si les chirurgiens réussissent avec
succès une transformation d’homme en
femme, il n’est pas de même pour le cas
contraire et le transsexuel se retrouve
souvent avec un ventre charcuté et un
semblant de pénis qui ne peut vraiment
tromper personne. »
L’important : se débarrasser de
Véronique !
Son âge lui permettant de ne pas être
pressé, André a choisi d’attendre
quelques années en espérant que la
science médicale obtienne de meilleurs
résultats d’ici là. « Ce qui m’importe
pour tout de suite c’est de me
débarrasser de Véronique et d’obtenir de
nouveaux papiers d’identités avec un
prénom sans connotation sexuelle comme
Dominique par exemple. Il y aura
toujours le petit carré avec la lettre
F, pour sexe féminin, sur mon permis de
conduire mais ça, ce n’est pas tellement
apparent. »
Mais l’amour ?
Comment envisage-t-on l’amour quand on a
18 ans, une tête de garçon, de la barbe,
plus de seins et un sexe de fille ?
« Vous savez l’amour.
Cela n’a pas de sexe », répond la
présidente de l’ATQ. « En fin de
semaine, il y a une belle jeune fille de
16 ans qui a fait les yeux doux à André
en sachant très bien qu’elle avait
affaire à un transsexuel dont la
transformation n’était pas terminée ! »
André rougit. Il
n’est pas du tout du genre
exhibitionniste et il n’avait pas
tellement envie d’étaler sa vie sur une
page de journal, mais il l’a fait afin
d’éviter que d’autres jeunes souffrent
comme lui sans savoir ce qui leurs
arrive.
Journal de Montréal
1983 08
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