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Marie-Josée Marcil
Les années d'enfer
d'une transsexuelle
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Marie-Josée, à cette époque ou
elle étais encore le petit Réal.
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Inconfortable, mal dans ce sexe
que Dame Nature lui avait
assigné, Réal outrepassa, un
jour tous les problèmes, tous
les préjugés… et devint Marie-Josée.
Anatomiquement, « il »
est dorénavant une vraie femme.
Vous comprenez déjà que Marie-Josée,
40a ns est transsexuelle. Une
des premières opérées au Québec.
Nous l’avons rencontrée pour
tout savoir sure ses émotions et
son cheminement. Car une telle
barrière ne s’escalade pas du
jour au lendemain ! Mais de
l’autre bord il y a enfin le
bonheur, la vérité,
l’authenticité. C’est, dit-elle
une question d’identité.
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"Il
est pas normal"
Et elle le répète : « N’attribuez pas ce
revirement à un caprice » ! Il faut
remonter loin dans le temps, dans les
années 50, pour bien comprendre ce qui
différenciait alors le petit Réal de ses
frères. Pour bien comprendre, surtout,
cette conviction qu’avait le gamin
d’être une être à part…
Vous étiez le p’tit dernier de
la famille, n’est-ce pas ?
Oui, nous étions trois garçons et auprès
de mes deux aînés, on aurait dit que la
comparaison était encore plus claire :
pourquoi n’avais-je ni leurs goûts ni
leur allure ? Pendant qu’ils
s’adonnaient aux spots, pourquoi est-ce
que je préférais le magasinage, catiner
avec mes poupées, etc ? La prise de
conscience fut encore plus grande lors
de mon entrée à l’école. Je n’avais rien
en commun avec les gars, c’était évident,
mais à l’époque j’ignorais ce qui se
passait.
Vous l’avez compris comment ?
Oh, ça ne s’est pas fait tout de suite !
Et il y a une chose que je voudrais
spécifier ici : même si ma mère me
faisait des tresses et des boudins (qui
étaient d’ailleurs à la mode pour les
bambins) ça n’aurait pas affecté
quelqu’un sans difficultés
d’identification à prédominance féminine.
Mais moi je me cherchais. Même qu’un
jour mes parents m’ont amené chez le
docteur parce que ma voix ne muait pas.
Tout cela, en plus d’être psychologique,
est donc très physique.
Et quelles furent les
conclusions de ce médecin ?
Il m’a référé à un psychiatre de
Ste-Justine, déclarant : « Gardez-le
dans la maison, il n’est pas normal… » (Faisant
probablement allusion à l’homosexualité).
C’est loin, ça, vous savez. Toujours
est-il qu’à cet hôpital, j’ai enfin
rencontré un médecin compétent qui m’a
suivi jusqu’à l’âge de 17 ans. Je
pouvais tout lui confier, j’étais écouté.
Mais entre temps vous avez fait
une étonnante « découverte » ?
Oui, vers 13 ou 14 ans, j’ai vu à la
télé un reportage sur Coccinelle (une
transsexuelle européenne) et j’ai subi
un choc, ça a cliqué. J’ai songé : »Je
ne suis pas seul » car je me voyais dans
ce cas-là mais vous comprenez qu’il y a
trente ans je ne pouvais pas trop en
parler. Toujours est-il que mon enfance
et mon adolescence s’écoulèrent dans ce
questionnement, pour ne pas dire dans
l’ignorance.
« Où est Réal ? »
Et, insiste encore celle qui est
maintenant Marie-Josée, c’était
peut-être l’ignorance, mais pas le
malheur. Elle fut un enfant aimé et très
choyé. –On organisait toujours de
grosses fêtes à la maison pour nos
anniversaires. Notre vie de famille
était chaleureuse. J’en ai de fort doux
souvenirs.
Tantôt vous parliez
d’homosexualité; qu’en fut-il de vos
premières amours ?
Quand je me suis sexuellement éveillé,
disons à 17 ans, j’ai connu des
relations des « deux côtés » car pas
besoin de vous spécifier que je n’étais
pas fixé, mais je n’étais heureux ni
d’un côté ni de l’autre. Il y avait
sûrement une erreur mais quoi faire ?
C’est ainsi qu’à 18 ans il est
survenu un facteur déterminant ?
J’étais attiré par les travestis,
j’assistais à leurs revues. J’ai débuté
dans le transformisme. Ne croyez pas que
j’étais délinquant. Maman me suivait
partout, Mes frères me voyageaient et
papa me murmurait : »Si tu as un ennui
viens me voir » et il me glissait un
billet de dix dollars en cachettes.
J’avais abandonné mes études parce que,
aussi mal parmi les autres j’avais des
difficultés à me concentrer. Donc, à 18
ans, transformiste, un jour je me fais
accidentellement une légère blessure et
en clinique je « tombe » sur un
spécialiste qui se montre super
compréhensif.
C’est
lui qui vous a ouvert les portes d’une
renaissance ?
Oui, il m’a entretenu d’un traitement
hormonal dans l’ouest. Déterminé, je me
suis rendu à Vancouver pour le suivre.
Mes seins ont poussé, ma silhouette a
changé et dès lors j’ai finalement
délaissé tout vêtement masculin. Je me
souviens quand je me suis rentrée chez
moi, en fille (maman étais venue me
chercher à l’aéroport), mon père m’a
saluée : »Bonjour madame » puis,
s’adressant à ma mère : « Où est Réal ? »…Il
était
là, devant la fenêtre, attendant
son fils cadet tandis que c’était une
fille qui lui revenait…
Son
cadeau de fête
Ici, Marie-Marcelle Godbout, de l’Aide
aux transsexuels du Québec, y va de ses
commentaires essentiels :
-Il ne faudrait pas que vos lecteurs se
méprennent. Un homosexuel est un
individu mâle ou femelle bien avec
lui-même, dans son corps, et qui accepte
d’avoie des contacts avec quelqu’un de
son propre sexe. Ça peut-être génétique,
« faute de mieux » (là où il n’y a que
des gars ou des filles) ou par peur de
la complémentarité. Un travesti est
hétérosexuel à 99.9% mais prend un
plaisir érotique à se vêtir fémininement
(ou masculinement) ou encore c’est
théâtral, c'est-à-dire qu’il n’y puise
aucune jouissance. Un transsexuel est
celui (ou celle) qui a la certitude
d’appartenir à l’autre moitié humaine
mais dont ses attributs le privent.
Et c’est votre cas, Marie-Josée ?
Exactement. J’ai fait du streap-tease
sous le nom de Sheila tout en consacrant
deux ans de ma vie à subir des
traitements d’électrolyse. Ce fut long,
dur et dispendieux. Personne ne savait
que j’étais un homme !
Puis vint la radicale,
l’irréversible intervention ?
Oui, après avoir fréquenté la clinique
d’identité sexuelle de l’hôpital Général
de Montréal (tests, examens, psycho,
etc.) encore longtemps, je fut le
premier à me soumettre à l’intervention
en une seule étape. Les deux autres
avant moi s’y étaient soumis en deux ou
trois étapes. Je l’avais demandée pour
mon cadeau de fête, le 18 mars, mais
elle n’a pu avoir lieu avant le 28 mars
et ça s’est passé en 73.
Avec des exigences ?
Il y a mille et une exigences, dont
celle de « faire ses preuves »,
c’est-à-dire changer de travail pour
prouver sa bonne volonté en matière de
réinsertion sociale. Je suis devenue
secrétaire afin qu’on juge de ma bonne
foi ; laissez-moi vous dire que j’ai
coopéré mieux que quiconque et que ma
santé d’esprit fut soulignée p lus que
pour n’importe qui car on a « enquêter »
dans ma famille, chez mon employeur,
etc. Il n’y avait pas de doute, j’étais
prêt pour le grand changement.
Mariage de
princesse
À son réveil, entourée de ses parents et
d’ami(e)s, Marie-Josée découvrit la
fameuse robe blanche sur ses draps,
laquelle avait été exigée pour signifier
sa pureté, sa sincérité face à sa
nouvelle existence. Et le reste fut un
rêve…
-Un trop grand rêve, précise-t-elle. Ça
ne se pouvait pas. C’était trop beau
pour être vrai.
Avant de nous décrire ce rêve,
voulez-vous nous expliquer ce qui s’est
passé chirurgicalement ?
On a procédé à l’ablation du
pénis et des testicules pour construire
un vagin (vaginoplastie) et, pendant un
an, il faut y insérer un moule pour ne
pas qu’il se referme et ça, je vous le
jure, ç’est souffrant ! Le muscle est à
vif… On a crée un clitoris à partir d’un
tissu érectile (ce qui fait que je peux
jouir réellement0 et l’urètre a été
descendue à la même place que chez une
femme, pour ses besoins urinaires. C’est
pas un « party », il faut être décidé !
Mais après, quand vous vous êtes
retrouvée « madame Marcil », bien des
choses ont changé ?
Oui, vous avez compris, même que je me
suis marée ! Un vrai mariage ! L’amour,
les fleurs, la lune de miel, tout le
« kit ». J’habitais chez mes parents,
j’ai eu un commerce « L’artiste
d’habille » et, en 75, je suis allée
vivre avec mon ami. Nous habitions à la
campagne, je travaillais dans un club de
golf et mon conjoint étudiait pour
devenir programmeur. À cause de son père
qui résidait avec nous, des drames sont
arrivés… Mai finalement nous nous sommes
mariés le 1er juillet 78 et, après avoir
eu un « snack bar », nous nous sommes
établis à Toronto pour enfin vivre comme
tout le monde. Ce fut un mariage de
princesse mais on peut parler d’enfer
pour le reste.
Si c’était à
refaire
C’est alors que son entourage la croyait
la plus heureuse (avec Cadillac, maison
et vison…), que le jeune couple faisait
de l’argent à profusion, que Marie-Josée,
elle, sombrait tranquillement dans la
dépression.
-Il me dépersonnalisait, je n’avais
aucun droit de parole : « sois belle et
tais-toi ». Je suis partie en 81 (mon
divorce fut prononcé en 84) et j’ai loué
un appartement en dessous de celui de
maman. Là cette dernière vit avec moi,
J’ai un amoureux sérieux et tout va bien.
J’ai même deux emplois : je suis dans
l’administration pour une compagnie de
maintenance et chauffeure pour une
entreprise de véhicules récréatifs où,
connaissant mon passé, on m’accueille à
bras ouverts.
Et si tout était à refaire
Maire-Josée ?
Je repasserais par la même chose ! Je
n’ai jamais regretté ma décision, je
suis devenue Marie-Josée et veux le
rester. J’ai déjà rencontré des préjugés,
c’est pour ça que j’ai joint l’Aide aux
Transsexuels du Québec, et aujourd’hui,
à mon tour, j’apporte mon support, à
titre de présidente, aux autres. Vous
pouvez l’écrire, je suis extrêmement
heureuse !
Et ça, chez Marie-Josée Marcil, ont le
sent, Juger ne demande aucune
intelligence, ajoute-elle, mais
comprendre, oui ! Réal n’existe plus,
c’est elle qui a pris la place et le
secret de son bonheur, son unique
secret, en fait, c’est d’avoir été vrai(e).
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Les grands serments pour Réal,
devenu Marie-Josée, toute
habillée de blanc devant son
bien-aimé. Malheureusement,
l'union n'a pas duré.
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Régina, la maman de Marie-Josée,
a révélé à notre journaliste
qu'elle ne révait pas (la nuit)
autrement de son enfant , qu'en
fille. Tout ce qu'elle vise ,
c'est qu'elle soit heureuse.
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Journaliste:
Ginette Gauthier
Source: ?
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