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J’ai trouvé ma raison d’exister

 

"On ne peut pas reprocher à un papillon d’avoir été chenille. Je suis biologiquement mâle, ça je ne peux le nier, mais je n’ai jamais été vraiment une homme, ni un homosexuel ! Par contre je ne peux pas affirmer non plus que je suis une femme."

 Marie-Marcelle fait partie des quelque cinq cent transsexuel(les) identifiés au Québec. Aujourd’hui présidente de l’aide aux Transsexuel(les) du Québec, c’est il y a sept ans, qu’elle prenait officiellement et légalement une identité de femme.

 "Prendre la décision de se faire enlever les organes génitaux pour changer de sexe, ne vient pas du jour au lendemain. Ça se fait au cours d’une vie, c’est l’aboutissement d’un long cheminement. Si la société m’avait permis de vivre comme j’étais, jamais je n’aurais eu recours à l’intervention chirurgicale. Toute ma vie j’ai eu à souffrir de sentiments de rejet. Depuis que je suis officiellement une femme, je ne sens plus de ségrégation, je ne suis plus marginale."

"Avant, lorsque l’opération n’étais pas complétée, si les policiers avaient à me demander mon permis de conduire, c’était toute une histoire. La même chose lorsqu’il s’agissait de changer un chèque à la banque. Tout le monde savait alors que j’étais transsexuelle."

 Des relations homosexuelles

 Marie-Marcelle a longtemps cherché qui elle était vraiment. Croyant, lorsqu’elle avait une identité mâle, qu’il était homosexuel, il a eu des relations sexuelles avec plusieurs hommes.

 "Dans une relation homosexuelle mâle, c’est la personne qui a l’apparence féminine qui agresse habituellement. Moi c’était le contraire ; j’étais l’être qui désirait être agressé, qui désirait être séduit. J’attendais mon prince charmant. Tellement que mes partenaires me demandaient souvent si j’étais véritablement un homosexuel. Mes agissements les faisaient douter." 

 "J’ai toujours vécu pleinement ce que j’avais à vivre. Durant cette période homosexuelle, je fréquentais tous les endroits susceptibles de me faire rencontrer des hommes. Ensuite ce fut l’époque des cabarets où je donnais des spectacles de travestis. Ça aussi je l’ai vécu pleinement. D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours fait en sorte d’être heureux. Mes parents n’ont pas vécus assez vieux pour voir leur fils devenir femme."

 Marie-Marcelle est une femme heureuse et comblée. Depuis plusieurs années elle a trouvé le compagnon idéal. Elle raconte :

"Mon homme m’a connu alors que l’opération n’étais pas encore terminée. Je me demandais pourquoi il semblait aussi en sécurité avec une personne à l’apparence féminine mais avec des organes génitaux masculin. Un jour, il m’a expliqué que sa mère l’avait surpris, alors qu’il était âgé d’une douzaine d’années dans le hangar avec deux petites filles. Elle l’avait battu et lui avait dit que si jamais il recommençait, il allait mourir ! Lorsque j’ai été prête à avoir ma première relation sexuelle en tant que femme, je l’ai amené dans un hangar et je l’ai fait reculer dans le temps. Je lui ai dit que cette fois-ci sa mère n’allait pas nous surprendre."

"Je suis très heureuse avec cet homme pour qui l’amour se situe davantage entre les deux oreilles qu’en dessous de la ceinture."

Déçue d’être une femme ?

  Une fois devenue complètement femme, Marie-Marcelle a voulu voir comment la gent féminine vivait certaines situations :

"J’ai expliqué à mon homme que j’avais des choses à vivre. Je me suis rendue dans des hôtels chics avec l’espoir de rencontrer un homme bien et de voir comment ça se passait au lit. Quelle déception ! Les hommes font l’amour en vitesse, ne pensant qu’à eux, qu’à leur satisfaction. J’étais devenue une vraie femme et je voulais plus que ça. J’ai demandé à des amies si c’étais parce qu’ils réalisaient que j’étais une transsexuelle que les hommes agissaient ainsi. Elles m’ont dit que non, que c’étais parce que j’étais femme tout simplement!"

  "Alors j’ai eu des expériences sexuelles avec des femmes. Après avoir fait un tour d’horizon de tout cela je savais à quoi m’en tenir."

Marie-Marcelle a aussi dû prendre la peau d’une femme soumise un jour. Elle se souvient : " Lorsque j’ai demandé à me faire opérer, j’ai eu à jouer la comédie. Le médecin voulait que je devienne « une femme à la maison », une femme qui s’occupe de son ménage et de sa popote. D’après lui il y avait suffisamment de femmes « libérées », il n’était pas question qu’il en fabrique une autre ! J’ai joué le jeu qu’il voulait, même si c’était loin de ce que je voulais vivre. Je n’avais pas le choix, il aurait refusé de m’opérer!"

Une opération de $ 5,000

 D’après Marie-Marcelle, l’opération, et tout ce qui s’y rattache, coûteraient au bas mot $ 5,000 à Toronto. Car en plus de l’intervention comme telle il faut compter l’anesthésie, l’hospitalisation, le $ 500 d’électrolyse et les nombreuses rencontres avec les psychologues.

  Depuis le 1er juillet le gouvernement du Québec ne contribue plus à défrayer les coûts de cette intervention qu’on considère comme thérapeutique, mais que Marie-Marcelle qualifie de reconstructive. 

  L’opération n’est que l’étape finale d’un long cheminement. Lorsque le patient rencontre le chirurgien, il a déjà subi ses traitements hormonaux (pousse des seins, changement de voix etc.). Il a aussi rencontré divers psychologues et psychiatres qui ont le pouvoir décisionnel de l’opération.

   L’opération principale dure environ deux heures. Une fois terminée, on insère, dans la cavité vaginale de l’opérée, un moule qu’elle devra laisser en place trois mois, vingt-quatre heures par jour. Cette précaution est pour éviter que la cavité se referme. Une sonde est aussi installée durant dix jours dans l’urètre. 

L’ATQ

  Marie-Marcelle considère que tout ce cheminement se vit relativement bien. Là où ça se gâte c’est lorsque les spécialistes insistent pour que la nouvelle femme garde secrète son intervention.

  "Je ne suis pas d’accord ! Plusieurs transsexuel (les) réussissent (par des moyens détournés puisque ce n’est pas encore légal), à adopter des enfants. Que faire lorsque ces derniers demandent à voir la photo de première communion de leur mère ??? Un passé ne se cache jamais complètement. On ne devrait pas insister pour que les transsexuel (les) le fasse."

   C’est pour aider ses semblables que Marie-Marcelle a fondé l’ATQ et les nombreux appels téléphoniques qu’elle reçoit jour et nuit prouvent que son association a sa raison d’être.

   Malgré tout, cette femme termine en disant :" Si j’avais à être réincarnée je voudrais revivre exactement la même chose. J’ai trouvé ma raison d’exister sur la terre."

Journaliste : Suzanne Gauthier

Journal de Montréal 1986 01

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