Quand on change de sexe
Pour Marie-Marcelle
Godbout, en ce qui concerne le
changement de sexe, il n’y a pas deux
histoires identiques. Chacun l’a vécu à
sa façon. La femme, qui a aujourd’hui 63
ans, a eu la générosité de nous raconter
sa propre histoire, qui commence par
« il était une fois un petit garçon… »
« Je suis née en Abitibi, précise la
fondatrice de l’Association des
Transsexuels du Québec, qui se nommait
alors Marcel. Je suis le bébé d’une
famille de sept enfants. J’ai été élevée
par une mère qui a respecté totalement
ma différence durant mon enfance. On ne
m’a jamais crié après parce que je
n’étais pas correcte d’être comme je
suis. »
Le calvaire a cependant commencé pour
Marie-Marcelle le jour où elle a
découvert l’école. « Avant l’âge de
trois ans, le sexe n’avait pas
d’Importance pour moi. Mais quand je
suis arrivée dans une cour d’école, mon
enfer a débuté. À l’époque, c’était les
petits gars avec les petits gars et les
petites filles avec les petites filles.
Je peux dire que, dès ma première
journée d’école, tous les enfants ont
capté que je n’étais pas vraiment un
petit gars comme les autres. C’était
sûrement à cause de ma gestuelle…
Heureusement, j’avais une facilité à
créer mon propre univers. Dès ma plus
tendre enfance, je visualisais ce que je
suis maintenant en tant que personne.
Tous les soirs, avant de m’endormir, je
m’évadais dans mes rêves et j’imaginais
comment je voulais que ma vie se passe.
J’ai découvert la visualisation sans que
personne ne m’en parle et ça m’a aidée
énormément. »
L’exil
Puis, vers l’âge de 16 ans,
Marie-Marcelle a eu son premier emploi.
Elle s’occupait des malades dans un
sanatorium. « C’est là que j’ai vu mon
premier article parlant de la
transsexualité. Avant, je me disais que
je ne pouvais pas parler de ce secret. À
l’époque, la religion avait un pouvoir
énorme au Québec. Autour de la table,
chez moi, ce qui faisait rire mes
frères, c’était une bonne blague sur les
homosexuels. Dans mes cours de
catéchisme, on enseignait que
l’homosexualité signifiait l’enfer pour
l’éternité. Au sanatorium, j’ai avoué à
une fille que j’avais trouvé un article
parlant d’une personne qui avait subi
une intervention chirurgicale pour
changer de sexe. Et je lui ai dit que
j’étais certaine que c’était ce qu’il me
fallait. Malheureusement, ma supérieure
m’a entendu et elle m’a traitée de
maniaque sexuelle. J’ai donc été mise à
la porte.
C’est
ainsi que Marie-Marcelle a quitté sa
ville et sa région pour aller habiter à
Montréal. C’est à cet endroit qu’elle a
fait la rencontre de Lana St-Cyr (de son
vrai nom, Raymond Dubé), le premier
travesti du Québec, et a décidé à son
tour de se lancer dans le monde du
spectacle sous le pseudonyme Mimi de
Paris. « Avant 1969, s’habiller en
femme, c’étais considéré comme criminel.
On pouvait se vêtir ainsi sur scène pour
un spectacle, mais dans la rue, on
pouvait se faire arrêter parce que
c’était associé à l’homosexualité, qui
était un acte criminel. » Harcelée par
les policiers, Marie-Marcelle a quitté
Montréal pour Vancouver en 1967. C’est à
cet endroit qu’on lui a fait découvrir
les traitements aux hormones. « À
l’époque, c’était sur le marché noir. On
prenait n’importe quoi. »
La
« cerise sur le sundae »
« Je me suis fait
opérer à Toronto le 18 octobre 1979.
J’avais passé toutes les étapes pour en
arriver là. Ça n’était presque plus une
nécessité. Quand on se fait un sundae,
la cerise qu’on met dessus, ce n’est pas
ce qui fait le sundae. C’est juste que,
pour l’œil, ça fait plus beau. Avant que
je subisse cette intervention
chirurgicale, le cheminement a été
tellement long que, quand j’ai ouvert
les yeux et que j’ai réalisé que c’était
fait, c’était comme quelque chose de
tout à fait normal. Ce n’était pas comme
tourner la page d’un livre. Personne ne
naît femme, on le devient. Dans ma vie,
tout mon parcours a été pour que ce
jour-là arrive, de ma naissance à ce
matin-là. Et si j’avais à renaître, je
ne voudrais pas que ce soit autrement
qu’en transsexuelle. »
Pour
en connaître plus sur l’Association des
Transsexuels du Québec et sur
l’événement Fierté Trans du 28 avril,
visitez le site
www.atq1980.org
Par
Steve Martin
Revue « Dernière
heure » 31 mars 2007