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DISCRIMINATION.

L'employé licencié pour avoir voulu changer de sexe témoigne

 

Il se prénomme Baptiste, mais se fait désormais appeler Clarisse. Ce père de famille, licencié après avoir annoncé à son patron qu'il souhaitait changer de sexe, a obtenu réparation devant les prud'hommes. Il s'exprime pour la 1re fois sur son combat.

EN JUIN 2005, Baptiste était embauché en tant que directeur administratif et financier chez Kaliop, une société multimédia de Montpellier (Hérault). Fin 2006, ce père de deux enfants annonçait à son employeur et à ses collègues son souhait de changer de sexe. Or, quelques semaines plus tard, Baptiste, devenu Clarisse, recevait une lettre de licenciement pour « manquements professionnels ».

A la suite de la décision de son employeur, Clarisse porte plainte et saisit la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) qui l'a soutenue lors de l'audience fin mars. Le 9 juin, le jugement rendu par les prud'hommes de Montpellier lui donne raison. Le conseil considère le licenciement nul car discriminatoire et condamne Kaliop à verser à son ancien cadre 25 000 ˆ de dommages et intérêts et 32 440 ˆ d'arriérés de salaires. L'entreprise a d'ores et déjà annoncé son intention de faire appel.

Agée de 38 ans, Clarisse se définit comme un transgenre et envisage d'entamer une procédure administrative pour faire reconnaître sa féminité auprès des services de l'état civil. Dix jours après sa victoire judiciaire considérée comme inédite, elle témoigne pour la première fois.

Baptiste : « J'ai dit à mon patron que je voulais qu'il m'appelle Clarisse »
Pourquoi avoir déposé plainte contre votre employeur ?

Baptiste.
Pour une question de respect du droit et pour ma reconstruction. A mes yeux ce jugement est normal, mais il est surtout une grande victoire pour tous ceux, homosexuels, transsexuels, transgenres, qui subissent et n'ont pas le courage d'aller en justice.

J'espère qu'il fera jurisprudence et leur donnera ce courage.

Pourquoi avez-vous souhaité être reconnue femme du jour au lendemain ?

Parce qu'il arrive un moment où l'on est mûr. C'est un chemin long et difficile. Je devenais de plus en plus agressive, violente, renfermée. Mes parents étaient inquiets. Ils pensaient que j'étais homosexuel. Je leur ai dit : « Non, je suis transsexuel ». C'était un vendredi et le lundi suivant je demandais à mon patron qu'il m'appelle Clarisse.

« J'ai fait deux tentatives de suicide »

Comment a-t-il réagi ?

J'avais pris rendez-vous avec lui à 9 heures du matin dans un café, un endroit neutre. Je lui ai simplement dit : « A partir de maintenant je voudrais que vous m'appeliez Clarisse (NDLR : en septembre 2006). Je portais des vêtements unisexes, je n'étais pas maquillée et je ne portais pas de boucles d'oreilles. Il était surpris mais a dit s'attendre à quelque chose dans ce genre. Il ne me regardait pas dans les yeux. Et il a demandé un délai de réflexion pendant que je restais chez moi. Puis il a décidé de me licencier.

Comment avez-vous vécu sa décision ?

Avant la décision c'était déjà très dur. J'étais complètement déprimée. J'ai fait deux tentatives de suicide. Puis la lettre de licenciement a été un vrai choc. Tout se passait bien au travail. J'étais responsable du développement de l'entreprise et assurais la direction administrative et financière. En un an on est passés de cinq à quinze salariés... J'ai vécu cette décision comme un déni de mon travail mais aussi comme le déni d'une relation, puisque j'avais une réelle amitié avec mon patron.

« Je vivais en femme et me déguisais en homme »

Quand votre transformation a-t-elle commencé ?

J'avais 32 ans, mais je sentais depuis l'enfance que je n'étais pas bien dans mon corps. La pression familiale et sociale est si forte qu'on le vit caché. Et c'est difficile. Il arrive un moment où on ne peut plus vivre dans une enveloppe d'homme quand on se sent femme. Je suis allée voir un médecin, on m'a fait passer des tests car certaines pathologies psychiatriques peuvent donner les mêmes symptômes. Or la transidentité n'est pas une maladie. Elle se caractérise, comme un handicap, par une constance dans le temps. Il n'y a pas de pourquoi, c'est une évidence.

Comment vos collègues ont-ils perçu cette transformation ?

Ils n'ont rien vu. C'était une transformation progressive. Au début il n'y a pas de signe extérieur de changement. Même si on passe par les séances d'épilation, les traitements hormonaux. J'ai aussi subi des opérations de chirurgie esthétique. Je continuais à aller travailler en costume, en homme. Mais au fur et à mesure de la transition je ne supportais plus de m'habiller comme un homme, j'ai lâché le costard et la cravate et commencé à porter des vêtements unisexes. Personne ne savait.

Comment est-ce possible ?

J'avais une double vie. Je vivais en femme et me déguisais en homme. Je me changeais en sortant du travail, me maquillais. Toutes ces séances de maquillage dans la voiture, c'était vraiment du délire.

Comment a réagi votre entourage ?

Je comprends la gêne, la difficulté d'accepter cette transformation. J'ai parlé à chacun, un par un. Mes amis, cousins, collègues, voisins.

Et vos enfants ?

On les fait accompagner par des psychiatres et les choses se passent bien.

Et votre femme ?

Il y a eu des moments difficiles mais aujourd'hui ça va. On est toujours mariés, on vit ensemble. Il n'y a pas de raison que l'on se sépare puisqu'on s'aime. D'ailleurs, comme je suis mieux dans ma peau, on est plus heureuses aujourd'hui.

jeudi 19 juin 2008 | Le Parisien

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