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« Notre fille est devenue un garçon »

Robert Comte et Linda Juteau

Le 9 mai1984, Linda Juteau donne naissance à une fille qu’elle et son époux, Robert Comte, prénomment Caroline. Au fur et à mesure que leur enfant grandit, ils constatent qu’elle ne se comporte pas comme les fillette de son âge. Un jour, à l’âge de 16 ans, Caroline leur annonce qu’elle est en fait un garçon et qu’ils devront dès lors utiliser le prénom d’Alexis pour communiquer avec… lui.

Alexis avec sa compagne

  - Madame Robert, quand vous êtes-vous aperçue que votre enfant n’agissait pas comme une fille?

 Lorsque Caroline était gamine, il n’était pas question pour elle de porter des robes. Lors de sa première communion, elle a tout bêtement refusé de s’habiller comme les autres fillettes de son âge. À 10 ans, notre fille avait déjà tout d’un garçon. Elle aimait jouer aux billes avec ses copains et adorait ses cousins, avec lesquels elle s’amusait. Dans les magasins, Caroline se dirigeait toujours du côté des vêtements pour hommes.

 - Est-ce qu’il y avait d’autres indices que votre fille songeait à être un garçon?

 Oui. Quand elle a eu ses menstruations, Caroline était enragée. Elle s’est exclamée à haute voix : « Comment se fait-il que j’ai des menstruations? Je ne suis pas censée en avoir! » Dans sa tête, elle était bel et bien un garçon. Quand à moi, jamais je n’aurais imaginé que notre fille pouvait réellement comme un gars. Un bon matin, avant de partir pour l’école, Caroline – alors âgée de 15 ans- m’a dit : « Je suis un garçon et un jour je vais me faire opérer. »

 - Qu’avez-vous ressenti ce matin-là?

 J’étais bouleversée, vraiment! Je me suis dit : « Comment se fait-il que je n’aie rien vu? » Pauvre enfant, elle est prisonnière d’un corps qui ne lui appartient pas. J’ai eu à cet instant précis bien des réponses à mes questions, j’ai fait des liens avec son habillement et ses préférences pour les filles. D’autant plus que les filles semblaient elles aussi attiré par Caroline. Pendant un an, j’ai gardé ce secret pour moi avant de le confier à ma belle-sœur. Je n’en pouvais plus.

 - Que vous a-t-elle dit?

 Ma belle-sœur était étonnée, mais en même temps, elle s’en doutait un peu. Nous avons discuté longtemps de la nouvelle vie d’Alexis. Il fallait aussi que je l’annonce à Robert, mon époux. J’étais loin de me douter qu’il était déjà au courant.

 - Comment cela?

 En fait, Robert allait souvent sur Internet. Il regardait les sites que Caroline visitait pour savoir si elle ne commettait  pas de bévues. Et, tout comme moi, mon mari a gardé ce secret pour lui.

  - Comment avez-vous abordé le sujet avec votre mari?

 Un jour, alors que nous étions seuls dans le salon, je lui ai dit : « Écoute, Robert, il faut que je te parle de Caroline… (silence) Elle m’a annoncé qu’elle se voyait dans sa tête comme un garçon. »

 - Monsieur Comte, qu’avez-vous répondu à votre femme?

 Je lui ai avoué que je le savais déjà depuis longtemps, à cause des sites Web que notre enfant visitait régulièrement sur la question des transsexuels, des opérations possibles, des étapes à suivre, etc. J’ai même ajouté : « Écoute, c’est certain qu’un jour ou l’autre sa « balloune » ça péter. » Finalement, ce jour-là dans le salon nous avons conclu que notre enfant était malheureuse et qu’il fallait faire quelque chose pour l’aider.

 - Pourquoi pensiez-vous que la « balloune » de Caroline allait péter?

 Je voulais dire par là que Caroline devait elle-même nous l’annoncer, que ne n’étais pas à nous de lui en parler. Imaginez si je m’étais trompé! Je n’aurais pas voulu briser ce lien que m’unissait à mon enfant. Et quand Caroline a fait son coming out, je me suis finalement dit que j’avais raison.

 - Qu’avez-vous ressenti lorsque Caroline a fait son coming out?

 C’est mon enfant… Caroline n’est pas devenue un gars, elle en était déjà un. C’est sans doute difficile à expliquer, mais c’est comme ça. Moi, j’ai eu la chance d’avoir un jour une fille, et aujourd’hui, un garçon.

 - Vous vous êtes adaptés à son nouveau prénom?

 Disons que ma femme a été plus rapide que moi sur cet aspect. Au début, j’ai éprouvé des difficultés. C’est normal… Le temps m’a aidé à m’y habituer. Quand à Alexis, il n’appréciait pas du tout que je me trompe de prénom.

 - Comment comptez-vous aider votre fils à réaliser son rêve de devenir garçon?

 Ma femme et moi appuyons Alexis de A à Z dans sa quête de son identité. Sur le plan financier, nous sommes conscient qu’Alexis n’a pas les moyens de payer la facture des opérations, qui s’élève à 70 000$, et c’est pourquoi nous le ferons. Jusqu’à maintenant, notre fils a subi l’ablation des seins et l’hystérectomie. Bref, tout ce qui nous importe, c’est le bonheur d’Alexis. Il est notre seul enfant, notre seul fils. 

Par Manon Lacroix

Magazine La Semaine 31 mars 2007

 

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