Un transsexuel témoigne à Tout le
monde en parle
C’est l’histoire d’un gars…

Il était prisonnier d’un corps de
femme et en conflit avec lui-même :
Alexis Comte, qui s’appelait naguère
Caroline, a très vite compris que
quelque chose ne tournait pas rond en
lui. Dès l’âge de quatre ans, il a eu
la quasi-certitude d’être un garçon. À
partir de ce moment, la vie n’a plus
été la même pour lui, et il a
entrepris plus tard une longue marche
qui l’a conduit vers sa véritable
identité.
« Quelque chose d’anormal
m’habitais. J’ai même déjà prié le
petit Jésus et la fée bleue, de
Pinocchio, pour qu’ils viennent me
changer de sexe », a raconté
Alexis au cours d’une entrevue
accordée à l’émission Tout le monde
en parle. Sa famille percevait
également une anomalie : Alexis
adoptait visiblement des comportements
masculins, et la mère du jeune homme
(qui a 22 ans aujourd’hui) s’imaginait
à l’époque que sa fille était
lesbienne. « Les interactions avec mes
copines étaient également
particulières, raconte Alexis. Ma mère
expliquait mes comportements envers
elles par une crise passagère. Selon
elle, je ne cherchais et tentais de
cacher mon homosexualité féminine. »
La première étape vers un
changement
Vers la fin du primaire, Alexis a
demandé à l’une de ses tantes, une
coiffeuse, de lui couper les cheveux.
Celle-ci a sursauté à cette idée,
anticipant une mauvaise réaction de la
part du père, lequel adorait que les
filles aient les cheveux longs. Mais
elle a finit par s’exécuter. Lorsque
Alexis s’est présenté en classe le
lendemain, son institutrice s’est
demandé s’il s’agissait d’un nouvel
élève. « Tu es assis à la place de
Caroline. », lui a-t-elle dit en
farfouillant dans sa liste de nom. Les
autres élèves ont commencé à prendre
conscience de la véritable
personnalité d’Alexis. Leur impression
a été renforcée par ses comportements
typiquement masculins. Pendant tout le
primaire, des camarades lui ont fait
remarquer qu’il ne s’adonnait
pratiquement qu’à des jeux de gars et
que sa voix était grave.
Cette enfance relativement tranquille
dans les circonstances s’est
transformée en cauchemar par la suite.
Au secondaire, il a été la tête de
turc de plusieurs élèves. « On m’a
projeté à maintes reprises contre des
murs. Je me faisais taxer et battre
tous les soirs. J’ai même été enfermé
dans un casier pendant une heure, en
plus de subir de la violence
psychologique », relate-t-il sans
pour autant entretenir de ressentiment
envers ses ex-agresseurs. L’amour-
propre du jeune homme a évidemment
dégringolé, passant de bas à nul.
La révélation
Lorsque Alexis a appris à ses parents
son désir de changer de sexe, ils ne
sont pas tombés de leur chaise. Il
avait alors 16 ans. Celle révélation a
eu lieu à l’occasion de la visite
d’une connaissance, qui s’est mise à
adresser à sa mère des compliments à
son sujet : « Nous aimons beaucoup
votre fils. Il s’agit d’un bon garçon,
très poli… » Précisons qu’Alexis
portait des vêtements masculins depuis
l’âge de 12 ans… À 19 ans, il a décidé
d’amorcer la transformation qui devait
changer sa vie à jamais. Mais, si
Montréal est une pépinière de
chirurgiens plasticiens de haut
niveau, l’ensemble des opérations
auxquelles il faut se soumettre pour
changer de sexe est très coûteux
(70 000$ dollars.) Heureusement,
Alexis a eu la chance d’être financé
par ses parents, qui l’ont accompagné
jusqu’au bout. Cependant, avant qu’il
puisse se lancer dans l’aventure, il a
dû subir une dizaine de consultations
psychologiques, obligatoires selon la
loi. Il a quand même subi une
mastectomie bien avant de prendre des
hormones. « On m’a conseillé de le
faire, sinon j’aurais ressemblé à une
femme à barbe », raconte-t-il.
Cette étape à coûté à elle seule plus
de 5 000 dollars. L’impôt ne lui a
crédité qu’une partie de cette somme.
Cependant, l’assurance-maladie a
défrayé les coûts liés à une
hystérectomie, qui consiste,
notamment, à procéder à l’ablation des
organes reproducteurs féminins.
Des interventions coûteuses
Ce qui coûtera le plus cher à Alexis,
c’est la phalloplastie, c’est-à-dire
la construction d’un pénis. Le prix
40 000$ dollars payables par le
patient, le gouvernement ne
considérant pas cette opération comme
« une question de vie ou de mort ».
Avant de procéder aux changements, il
faut soumettre l’un de ses
avant-bras à de l’électrolyse, pour ne
pas avoir de poils sur ce qui
deviendra le pénis. Par la suite, les
médecins prélèvent une grande partie
de la peau de l’avant-bras pour
sculpter le prépuce et le pénis. Par
ailleurs, il faut faire la mise en
place du « site » où sera placé le
membre. Au cours de cette étape, il y
a à la fois suppression du clitoris et
préservation de ses terminaisons
nerveuses pour que la zone demeure
sensible. Puis, la cavité
vaginale—dont certains éléments
serviront à faire l’urètre--est
refermée. Finalement, il faut coudre
les grandes lèvres et greffer le
pénis. Celui-ci devrait être sensible
environ six mois après l’intervention.
Plus tard, une deuxième opération est
nécessaire pour greffer des
testicules. L’érection est stimulée au
moyen d’une pompe insérée derrière la
vessie. Un interrupteur situé dans
l’aine permet en quelque sorte de
l’activer et de la désactiver.
Comment expliquer le besoin de changer
de sexe? « À mon avis, cela se
passe dans le ventre de la mère, et
l’impression de ne pas avoir hérité du
bon sexe est chromosomique. Mais le
plus important est de comprendre
l’existence de ce phénomène et de
l’accepter ».
Fait remarquer Alexis. Selon lui, la
tolérance à la transsexualité gagne du
terrain. Comme il donne est
conférences dans de nombreuses écoles,
il est bien placé pour le savoir. « Le
respect est accru dans les classes.
Après une conférence, les jeunes sont
nombreux à venir me féliciter
et à souligner mon courage »,
affirme-t-il.
Heureux en amour
Alexis n’a jamais été amoureux d’un
garçon; en revanche, il file le
parfait amour avec sa fiancée, la
première fille dont il est tombé
amoureux, il y a un an. Si le
changement de sexe ne d’est pas fait
sans douleur pour lui, tant sur le
plan physique que sur le plan
psychologique, il semble surfer vers
un avenir rempli de promesses. À n’en
point douter, ce qui lui arrive
actuellement est pleinement mérité.