Ensemble pour renseigner la population trans et non trans à propos de la transidentité afin de
pouvoir combattre ensemble les préjugés qui l'entourent et ainsi faire avancer les choses socialement.

Marie-Marcelle « Je suis née dans un corps d’homme… »

| 12:33 AM | 1 Comment | Source : Derniere Heure (Annie Girard) | Article mis en ligne le 1996-01-04

À 6 ans, en 1950, à sa première communion.

À 6 ans, en 1950, à sa première communion.

Marie-Marcelle 1996

Marie-Marcelle 1996

La société accepte très mal les différences. Marie-Marcelle en est fort consciente puisque, depuis de nombreuses années, elle travaille pour prouver que les transsexuels peuvent mener une vie normale. Transsexuelle elle-même, elle a été opérées en 1978 parce qu’elle ne se sentais pas bien dans la peau d’un homme. Depuis, elle n’a jamais rien regretté ; au contraire, elle s’est reconnue et s’est épanouie.

Marie-Marcelle, comment étiez-vous, enfant ?

J’étais un petit garçon très aimé de son entourage. Ma mère a toujours tout dominé dans sa vie, et elle voulait particulièrement dominer sa dernière grossesse, c’est-à-dire moi. Ainsi je suis arrivé, et ma mère m’a dominé. Jeune, je voulais être comme elle. Elle était très dévouée auprès de tout le monde, et je tenais à m’identifier à cette image qu’elle projetait. Je me suis identifié à l’amour, au bonheur, à la perfection, et ce faisant, y ai découvert une belle personne. Je me suis donc retrouvé dans un univers féminin qui me permettait de m’épanouir et de m’identifier, même en garçon.

Vous aviez donc plus de copines que de copains?

Effectivement, j’étais toujours très bien entouré de femmes. Elles tombaient amoureuses de moi quand elles me voyaient parce que je les comprenais mieux que les hommes. Pour moi, c’étais donc très clair : je devenais une femme malgré le fait que j’avais un pénis. Dès lors, je devais m’accepter avec des valeurs et des manières féminines, même si j’étais dans un autre corps, celui de Marcel.

Marcel a-t-il surtout porté des vêtements féminins ?

Marcel n’était pas vu comme un garçon parce que très jeune, il portait des robes et des jupes, et il jouait plus avec les filles qu’avec les garçons. Lorsque je suis retournée, il y a quelques temps, à l’hospice pour personnes âgées où j’avais travaillé, des gens m’ont montré des photos sur lesquelles j’étais en robe. J’étais une femme dans un corps d’homme, c’est tout.

Comment Marcel agissait-il en public ?

Je regardais constamment mes frères pour savoir comment ils croisaient les jambes ou tenaient leur cigarette. La première chose dont je me rendais compte, c’est que je me retrouvais les jambes croisées comme toutes les femmes même si je portais le veston et la cravate. À l’école, j’étais la risée, car ma démarche était féminine. Ça se voyait que j’étais pas comme tous les autres enfants, alors on me ridiculisait.

Venez-vous d’une famille nombreuse ?

Je viens d’une famille de six garçons et une fille. Aujourd’hui, nous sommes cinq garçons et deux filles ! (Rires). Ma famille m’a toujours accepté, même si j’étais différent des garçons. Cependant, lorsque le moment vint pour moi de parler de ma sexualité, ç’a été plus difficile, car je devais expliquer pourquoi j’étais comme ça et ce que je ressentais vraiment.

Vouliez-vous devenir une femme ?

Je n’ai jamais voulu devenir une femme : je l’ai toujours été par rapport à l’identité que j’avais de ma mère, qui était une femme fantastique. C’était un but à atteindre, et je l’ai atteint, Je ne peux pas parler pour les autres, mais, pour moi, l’image de ma mère était importante, car c’est elle qui m’a procuré mon identité de genre, qui n’avait aucun rapport avec ce que j’avais entre les deux jambes.

Pourquoi avoir choisi l’opération ?

J’ai été opérée parce que je ne voulais pas être quelqu’un d’autre que moi-même. Je désirais posséder mon identité personnelle et non celle que les autres me donnaient.

À quel moment avez-vous constaté que vous deviez être opérée ?

J’ai toujours reçu de l’amour, ce que tous les enfants veulent, mais un jour, j’ai pris conscience que je vieillirais et que je serais différent des autres vieillards de mon âge. À l’hospice où je travaillais, il m’arrivait de voir des vieillards que se faisaient brasser parce qu’ils étaient différents de la majorité. Je me suis imaginé au fond d’une salle, isolé dans un coin perdu, ridiculisé par les autres qui diraient que je suis finalement un homme en voyant ma jaquette ouverte. Ce sont ces mêmes êtres humains avec qui je serais allé à l’école qui m’auraient traité de vieux bouffon. Je voulais avoir une identité conforme à mon genre, et c’est ce que j’ai depuis mon opération, qui a eu lieu en 1978.

L’opération est-elle douloureuse ?

La souffrance psychologique est tellement grande avant l’opération que lorsque j’y suis arrivée, c’était l’accouchement d’une grande douleur. Je ne peux pas dire que je n’ai pas eu mal et que je n’ai pas souffert – au contraire, c’était très douloureux -, mais, par rapport à la victoire que ça représente maintenant, c’est une rêve. Je peux comparer ça à la mère que accouche et qui voit son bébé : l’accouchement et les douleurs qui durent des heures et des heures sont rapidement oubliés au profit de la joie que l’événement procure.

Avez-vous eu recours aux hormones ?

J’ai commencé en 1974, quatre années avant mon opération.

Quelles ont été les réactions de votre entourage à la suite de votre opération ?

Comme Marcel a toujours été différent et que personne n’en faisait cas, je n,ai pas vu de changements à la suite de mon opération. Tout le monde me connaissait comme étant un homme aux manières féminines prononcées, je ne changeais donc pas du jour au lendemain.

Recommanderiez-vous l’opération à ceux et celles qui croient y trouver une solution ?

Jamais, car c’est une grande opération qui devient malheureusement trop commerciale. Des gens sont prêts à payer 10 000$ pour changer de sexe, ce qui fait saliver bien des chirurgiens, mais il faut voir au-delà. Des personnes cherchent une fuite à travers l’opération et elles croient trouver une solution à leurs problèmes, mais il faut se remettre en question et penser aux conséquences.

Comment venez-vous en aide aux gens qui veulent parler de leurs problèmes ?

En 1980, j’ai mis sur pied l’organisme Aide aux diversités sexuelles du Québec, une ligne d’écoute téléphonique. Je réponds aux appels 24 heures sur 24 et conseille les gens qui ont des craintes ou qui veulent simplement parler.

Aujourd’hui, avez-vous une vie familiale ?

J’ai toujours caressé deux grands rêves dans ma vie. Si j’étais née femme, j’aurais certainement porté le voile. Je désirais aussi devenir mère, et un très grand ami, qui était père célibataire, m’a permis de réaliser ce rêve, il m’a donné la chance d’être la mère de son fils, qui est devenu comme mon enfant. Même si je n’en suis pas officiellement la mère, cela m’est complètement égal puisque je lui ai toujours donné ce qu’il désirait, c’est-à-dire de l’amour. Il me considère comme sa mère, et cela me comble vraiment.

Êtes-vous heureuse ?

Je suis très heureuse, car j’ai ouvert les bonnes portes et j’ai rencontré des personnes merveilleuses. J’ai côtoyé des gens qui m’ont comprise, mais j’au aussi dû accepter des choses pour en arriver où je suis actuellement. J’ai réalisé mon rêve, celui d’élever un enfant, et comme je suis maintenant une femme, de corps et d’esprit, j’ai une identité qui colle à ce que j’ai voulu être. Je ne changerais pas ma vie et je n’ai aucun regret puisque je suis la suite logique de Marcel. De plus, la société commence à accepter les différences. Les transsexuels sont en voie de se faire accepter.

Marcel rêvait de devenir soeur. Des religieuses lui ont permis de porter l'uniforme, le temps d'une photo...

Marcel rêvait de devenir soeur. Des religieuses lui ont permis de porter l'uniforme, le temps d'une photo...

"Je suis heureuse: J'ai même pu élever un enfant. Je suis maintenant une femme, de corps et d'esprit!"

"Je suis heureuse: J'ai même pu élever un enfant. Je suis maintenant une femme, de corps et d'esprit!"


Mots-clés:

Categories: Articles, Communautaires, Faits divers, Société, Transition

Comments (1)

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  1. Keaven-Dead says:

    Ce cool de pouvoir être la personne qu, on est a l`intérieur
    J`ai bien aimé lire ton parcour Marie-Marcelle, t`as l `air très épanouie, pis je suis content d`avoir fait ta connaissance ce le fun que t`a pu réaliser tes reves

    keaven

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