Communiqué

Histoire et réalité de l'A.T.Q, avec ses 27 années d'existence...

  Parler de l'ATQ, sans dire pourquoi l'association des transsexuel(le)s du Québec a été fondée. serait, quelque part, passer à côté d'une réalité. En fait, la naissance de cet organisme à but non-lucratif est le fruit de situations qui ont été bien réelles à une époque où la transsexualité n'était visible que dans les clubs. Vous pouvez vous référer au livre de Viviane Namasté: "C'était du spectacle" publié par le McGill-Queen's University Press. Cette universitaire traite de la transsexualité et du travestisme au Québec. Cette étude a été rendue possible grâce à la contribution de madame Marie-Marcelle Godbout qui a assuré la liaison entre la chercheuse et les personnes concernées de l'époque. Merci à tous ces gens qui ont accepté de participer pour que l'on n'oublie pas l'histoire de notre communauté et ce qu'on avait à vivre entre 1955 et 1985. Merci pour tous vos combats qui ont permis aux personnes transsexuelles d'aujourd'hui de vivre librement. Il y a des jeunes personnes qui croient que la réalité d'aujourd'hui a toujours existé. Eh bien non!

  Comment décrire les souffrances et les humiliations vécues par ces personnes, considérées comme citoyennes de seconde classe, alors qu'il n'y avait que les cabarets qui les engageaient et que les exclues, moins chanceuses, se ramassaient à la rue comme prostituée. Heureusement, cette époque est révolue mais, combien elle a été réelle et combien se sont ramassée, sans contrats, à la rue avec seul choix la prostitution ou les menus larcins pour survivre dans une quasi clandestinité. Quelle époque!

 Questions? Réponses!

 Sujets: transsexualité vs vie normale, amoureuse, sociale et vs la capacité de travailler et de s'insérer dans la vie de tous les jours, tout en étant fière d'être, et ça de façon digne, ce qui inclus le respect de soi et des autres.

 Premièrement, comment parler de normalité, quand nous savons que le mot même est un paramètre de mesure qui identifie une majorité versus une minorité et que cette majorité prend pour acquis qu'elle représente la seule et unique vérité. Cette attitude laisse un goût amer aux personnes exclues.

 Dans un deuxième temps, que dire du mot normal, si ce n'est que, chaque personne sur terre est différente de l'autre, soit par la couleur de sa peau soit par son éducation, ses croyances religieuses etc...

 Soyons honnêtes! Nous savons que la réalité est beaucoup plus large maintenant que la science, la médecine laisse à l'humain la liberté de faire ses propres choix par rapport à plusieurs situations en allant chercher l'information dont il a besoin pour évaluer ces choix.

 Nous pouvons comprendre que des personnes, récalcitrantes aux autres réalités, soient dans le déni ou dans le "pas dans ma cour". Pourtant en ce siècle nouveau où l'information est diffusée partout à travers la planète, nous ne pouvons comprendre ce qui empêche l'humain d'évoluer devant ces réalités. Serait-ce la peur de se sentir déstabilisé devant quelque chose qui nous tracasse dans notre "moi" profond? N'ayez crainte, la transsexualité ne s'attrape pas et soyez assurés que nous, à l'ATQ, n'essayons pas de créer des personnes transsexuelles. Nous nous contentons d'aider, dès le départ, d'aider ceux et celles aux prises avec un trouble d'identité de genre, en faisant de l'écoute, du travail de terrain et, aussi, en donnant de l'information pertinente et des références sur le sujet. Nous nous efforçons d'aider les transsexuel(le)s incarcéré(e)s ou qui sont dans des situations, parfois compliquées, souvent dues au rejet ou à l'humiliation causée par leur entourage.

 Malheureusement, après 27 années d'existence, le temps n'est pas encore venu de prendre du repos car il y a encore tant à faire au point de vue légal et informationnel dans la communauté en général ainsi que dans la nôtre. Peut-être est-ce utopique de croire qu'un jour prochain, quoique cela soit en bonne marche, notre réalité sera reconnue et acceptée comme égale à celle de tous les êtres humains sur terre.

 Quand à la vie sexuelle et amoureuse, sachez que, pour la majorité d'entre nous, ce n'est pas ce qui gère notre vie. En fait, la plupart avons une vie sexuelle normale. Nous ne demandons pas aux gens ce qui se passe dans leur chambre à coucher, tant et aussi longtemps que ça se fasse entre adultes consentants. Comme tout le monde quoi!

 La plupart vivent une relation amoureuse stable car, s'il y a des gens qui, après tant de thérapies de toutes sortes et de corrections chirurgicales, sont conscients de leur identité, de leur valeur et de leurs besoins, ce sont bien les personnes transsexuelles.

 Malheureusement, certaines personnes diront: "Quand je tape le mot transsexuelle sur mon ordinateur, ce ne sont que des sites pornographiques qui surgissent." Alors, à l'ATQ, notre mission consiste aussi à replacer les  pendules à l'heure. Pour ce qui est de la prostitution que l'on nous jette constamment à la figure, sachez que nous ne jugeons pas ni ne condamnons ceux et celles qui, par choix ou obligation, pratiquent le métier du sexe. Nous savons que l'offre répond à la demande et que c'est souvent Monsieur Tout le Monde qui en profite pour assouvir des phantasmes qu'il croit inavouable.

 Alors, même si nous n'avons rien contre le "métier", nous en avons contre ces sites qui laissent supposer que nous sommes toutes dans l'industrie du sexe. C'est une erreur monumentale car une majorité travaille légalement et paie ses taxes et ses impôts comme tout le monde. Il est donc temps de détruire ces mythes qui ne font que nous marginaliser. Nous n'avons plus à être condamné(e)s pour ce sentiment profond et indéniable d'appartenir au sexe biologique opposé. Ce serait suicidaire d'essayer de le contrer. Nous savons tous que dans chaque être humain sommeille un côté masculin et féminin, même si, encore aujourd'hui, certaines personnes tentent de la nier. Alors, lorsque le côté opposé au sexe biologique est tellement puissant et que l'on essaie de la refouler... Il y aura drame.

 Il ne faut surtout pas confondre attirance sexuelle et identité sexuelle. Il y a encore beaucoup de chemin à faire sur le sujet, tant au niveau de la population en général que de certaines personnes qui se disent transsexuelles. Nous croyons, expérience à l'appui, qu'il y a eu des erreurs monumentales par le passé; diagnostics erronés qui en ont mené au suicide, réassignations sexuelles de certaines personnes qui croyaient sincèrement leur désirer pour faire partie de la communauté dominante et régler d'autres problèmes.

 Aujourd'hui, la compréhension et l'ouverture d'esprit étant plus grande, peut-être pourrions-nous explorer un terrain qui satisferait les nuances entre les sexes et permettre, sur les papiers officiels, une identification entre le M et F qui pourrait être N pour non-déterminé ou encore E pour entre ou en recherche d'équilibre? C'est à voir! Certains trouveront cette proposition ridicule mais il faut se montrer ouvert à tout ce qui pourrait faciliter la vie des individus en cheminement, car il est long et ardu le chemin et certains atteindront l'équilibre en chemin après certains traitements de féminisation ou de masculinisation.

 Nous croyons qu'il est impératif d'avoir un suivi psychologique et psychiatrique tout au long du processus afin d'éviter que des personnes aux prises avec d'autre problématique de vie sous-jacente qui pourrait leur laisser croire qu'elles sont transsexuelles ou, même si elles le sont, pourrait nuire à leur plein épanouissement après la correction. Un suivi d'une certaine durée ne serait pas mauvais pour aider à faire la transition après la chirurgie.

 Un nouvel outil, qui peut s'avérer à deux tranchant, de recherche et de dissémination d'informations est en train de s'implanter partout; l'internet. Certains sites de recherches peuvent s'avérer tendancieux et plutôt incomplets , et là, comme dans beaucoup de domaines, il y a des gens qui se prétendent experts dans le domaine, sans l'être. Parfois, cela part de bonnes intentions mais ça peut causer des torts irréparables, car s'il y a eu des erreurs par le passé de la part de professionnels, imaginez ce qui peut arriver d'un charlatan. Nous ne voulons créer aucun faux espoir mais plutôt inciter les gens à consulter les bons intervenants.

 Aujourd'hui, avec tous les progrès de la médecine d'esthétique, il est très facile de féminiser ou masculiniser un être humain au point que l'entourage se méprendra et ne s'apercevra de rien. Alors certains sujets voudront camoufler complètement leur ancienne identité biologique mais, il y a un risque. Car on ne peut changer ce qui a été et une relation de couple entreprise, basée sur le mensonge, risque à tout moment d'exploser car il y aura toujours le risque qu'une "âme charitable" veuille nous faire une "faveur" et remettre les "pendules à l'heure" comme on dit.

 En 27 ans d'écoute, combien de drames de ce genre nous ont interpellés, de la part de gens qui ont voulu fuir la réalité. Sans s'afficher à tout venant, il est beaucoup plus simple de garder la tête haute et ne pas se formaliser si quelqu'un a des doutes ou s'en aperçoit car votre attitude déterminera le respect que les gens vous accorderont.

 Le message a adresser aux proches et même aux simples connaissances de personnes qui ont un trouble d'identité de genre, est de ne pas les stigmatiser ni les rejeter car elle ont besoin, plus que jamais, d'amour, de compréhension et de soutien. Le code du Dr Harry Benjamin, pionnier en la matière en Californie, n'est pas établi sur de vaines suppositions et les étapes du cheminement à suivre sont essentielles pour amener l'individu à une zone de confort avec son identité et la possibilité d'une correction chirurgicale. Si le processus se déroule comme prévu, il sera toujours possible, avant la phase finale, de mettre un terme à ce questionnement si les réponses ne nous conviennent pas. Il ne faut pas oublier que les proches; parents, conjoints et enfants s'il y en a, la famille et les amis doivent aussi vivre un deuil de la personne qu'ils ont aimé, même s'il s'avère que c'était sous de "fausse représentations". Le futur nous épargnera peut-être, nous osons l'espérer, toutes ces comédies et faux-fuyants.

 Pour eu qui s'inquiète de la vie et du bonheur d'un être cher, sachez qu'une dysphorie de genre peut mener à une dépression profonde allant jusqu'au suicide si on n'entrevoit pas d'issue, mais, qui si le processus d'évaluation et de transition s'enclenche dans la bonne voie, le trouble s'estompe et fait place à la paix intérieure. Qui ne souhaiterait pas ça à un être cher?

 Pour le futur, rassurez-vous. Plus les années passent et que la société s'ouvre, plus on retrouve de transsexuel(le)s dans tous les domaines et toutes les sphères de la société occupant des emplois prestigieux et bien rémunérés.

 Nous avons reçus des confidences de parents qui s'interrogeaient sur le fait qu'ils n'aient rien soupçonné ou encore qu'ils n'aient pas su quoi faire et vivaient un sentiment de profonde culpabilité. À ceux-là, nous disons: Ne vous torturez pas et ne culpabilisez pas! Vous n'y êtes pour rien, c'est inné au même titre que l'orientation sexuelle. La seule responsabilité qui vous incombe, c'est celle d'aimer votre enfant et de lui apporter votre soutien et votre encouragement dans cette épreuve.

 Nous parlons souvent de rejet dans ce texte et ce n'est pas pour rien. Combien de jeunes rejetés par leur famille, naturelle ou adoptive, prenne le chemin de la rue, à la merci de tous les dangers et les pièges que cette dernière cache. Un de ces dangers est de tomber sous l'influence de personnes mal-intentionnées qui savent se servir de leur talent de charmeur devant une personne fragile et seule qui ne demande qu'à être aimée mais, à quel prix, parfois. Notre ligne téléphonique, à l'ATQ, est là aussi pour ces personnes. Voilà pourquoi il est important et impératif que notre information soit divulguée dans les CLSC, dans les organismes à but non lucratif ou dans tout autre appareil du système de santé. il est important que ces personnes sachent que nous existons, qu'ils ne sont pas seuls au monde et que nous sommes en mesure de les référer là où il faut et que la possibilité de réorganiser sa vie, pour vivre dans la dignité et le respect, existe.

 Le dossier du vieillissement de la population nous préoccupe et nous vous transmettons le contenu de ce document. Il est suivi d'un autre texte qui réfère au droit de la personne, aux accommodements raisonnables et aux réalités que cela implique pour nous

septembre 2007