Un univers mystérieux « Je suis un transsexuel »

Sortir de son corps de femme :

Nick Lalonde s’appelait Véronique… Aujourd’hui, âgé de 19 ans, nous avons affaire à un jeune homme heureux, équilibré, bien dans sa peau, s’acceptant et aimant la vie.

Nick avant et apres

Nick avant et apres

Comment s’est déroulé ton enfance Nick ?

Jusqu’à ma puberté, j’avais fait abstraction totale de ma sexualité. Ce que je savais, c’était que j’étais un garçon. Jeune, ma mère m’amenait à la piscine publique. Je portais un deux pièces et aussitôt qu’elle avait le dos tourné, j’enlevais mon soutien-gorge, et je le lançais derrière la clôture. La seule robe que j’ai portée, fut celle de ma confirmation. Il a fallu que mes parents me battent pour que je l’enfile. Il m’est arrivé à l’Halloween de me déguiser en mettant une robe, mais il s’agissait à bien sûr d’un déguisement.

Parlais-tu aux autres de ton problème, étaient-ils conscients de ton « anomalie » ?

Je n’en parlais à personne, j’intériorisais mes pensées. Je ressemblais à un garçon. Le seul moment où j’ai porté les cheveux longs, ce fut vers l’âge de 11 ans et cela n’a pas duré longtemps. Petit, je jouais au G.I. Joe et non à la Barbie. À l’école bien souvent au cours des premiers mois de l’année scolaire, on me prenait pour un garçon, c’était uniquement le nom Véronique qui leur rappelait ma réelle identité.

À quel moment, ta transsexualité a-t-elle commencé à réellement changer ta vie ?

À ma puberté ! Lorsque mes seins sont apparus, cela a été littéralement un choc ! Des seins représentaient pour moi au même titre que d’énormes bosses qui vous auraient poussé sur le bras. Je portais toujours un bandeau pour les cacher, pour garder mon identité de garçon. Le deuxième grand choc de ma vie, fut l’apparition de mes règles, ce fut la déprime totale, un grand trou noir s’ouvrit devant moi. Mais je gardais tout ceci en moi, je suivais des cours de karaté et je survivais… Un bon jour, je tombe en amour. La jeune fille en question m’aimait bien. Il me fallait lui parler, alors j’invente toute une histoire. Je lui dis que lorsque je suis venu au monde, j’étais un garçon et que des médecins avaient offert à mes parents la somme de 20 000$ pour effectuer sur moi des expériences pour me transformer en fille. Elle fit semblant de me croire mais notre idylle s’est terminée quelque temps plus tard… Je lui avais dit cela afin qu’elle ne prenne pas mes sentiments pour du lesbianisme.

J’ai lu un peu plus tard le livre de Jean Guilda qui parlait vaguement de gens me ressemblant, il m’a redonné espoir. Deux mois plus tard, je prends connaissance d’un article sur la transsexualité et enfin je suis en mesure de mettre un nom sur ce que je vis. On y fournit le téléphone de la Fédération des Transsexuels qui n’existe plus maintenant et de là, on me réfère à l’hôpital Royal Victoria. Ce fut une affreuse expérience, où un psychiatre me reçut quatre ou cinq fois, pour me référer à un psychologue qui pendant deux ans me parla au féminin. C’était pour moi une forme de cruauté mentale insupportable ! Ce fut à ce moment que j’ai rencontré Marcelle Godbout qui m’a fait rencontré un psychiatre de Joliette. Quelques temps plus tard, je commence à suivre mes traitements hormonaux. En janvier 1984 j’ai subi l’ablation de mes seins et plus tard une hystérectomie.

Quand as-tu parlé de ton problème à ton entourage ?

Au moment où j’ai décidé d’aller au Royal-Vic, je me suis confié à ma belle-sœur qui étais à l’époque très près de moi, mais cela m’a demandé énormément de courage. Après, j’en ai parlé à ma famille, qui au début a que une petite réticence mais qui par la suite, a bien accepté la chose. Ils voulaient mon bonheur. Un des beaux moments de ma vie fut la première fois où je me suis baigné torse nu, après l’ablation de mes seins.

Comment réagissent maintenant tes confrères de classe ?

J’étudie le dessin de mode et dans cette école, il y a des gens qui viennent de partout. Lorsque j’ai commencé à fréquenter l’institution, j’ai risqué de m’inscrire en écrivant mon prénom Véronique et cela a passé. Comme physiquement je ressemblais à un garçon, personne ne s’est posé plus de questions que cela. Par la suite, j’ai raconté mon histoire et tout le monde a extrêmement bien réagi.

Lorsque tu sors avec une demoiselle qu’elle est sa réaction ?

Sur le coup, cela lui donne une choc, mais après quelques heures, cela passe très bien. Jusqu’à ce jour, les réactions s’avèrent très positives. J’ai réalisé que lorsqu’on est bien avec soi-même les autres se sentent bien à tes côtés. J’ai appris à m’accepter à 100%.

As-tu l’intention de te faire faire un pénis ?

Non la science n’est pas encore assez avancée et la technique chirurgicale comporte des lacunes. J’ai accepté l’idée de ne jamais avoir de pénis.

Aimerais-tu un jour fonder une famille ?

Bien sûr, mais à ce moment, il nous faudra opter pour l’insémination artificielle.

Marcelle Godbout Présidente de l’A.T.Q. : « Ce qui importe au niveau du sexe, ce n’est pas la forme qu’il a, mais le plaisir qu’il apporte ».

Si Marcelle Godbout n’a pas acceptée de se faire prendre en photo, c’est tout simplement parce que ses voisins immédiats ignorent qu’elle est une transsexuelle. Elle est mariée et a adopté un petit garçon aujourd’hui agé de 9 ans : « Je ne voudrais surtout pas que mon fils soit ridiculisé par ses camarades de classe ou encore qu’il soit rejeté parce que sa mère est une transsexuelle. Il sait que je suis une transsexuelle et l’accepte. Un enfant n’a besoin que d’une chose, c’est d’amour ».

L’histoire de Marcelle est fort simple, il était le cadet d’une famille de cinq garçons. C’était un enfant solitaire qui s’étais crée un univers en dehors de la réalité. Il s’agissait là bien sûr, d’une armure pour ne pas se faire mal. Il avait réalisé qu’il était différent des autres… À 15 ans, il quitte la maison et se lance dans le monde su spectacle, le seul endroit de l’époque où on acceptait, ceux qui étaient « différents ». Ce sera en faisant des tournées à travers le Canada et les Etats-Unis, qu’il côtoiera des transsexuels. Il, ou plutôt elle, réalise qu’elle n’est pas un homosexuel. Elle est attirée par les hommes très masculins, elle désire se faire courtiser, se faire conquérir ! « Toutes ces étapes furent pas faciles à franchir mais fort enrichissantes déclare Marcelle Godbout. Au moment où j’ai commencé à prendre des hormones, j’avais déjà rencontré mon mari. Il m’aimait et m’a acceptée. Dans les heures qui suivirent mon opération (castration et formation de ma cavité vaginale), mon fils est venu me voir et je lui ai expliqué la chirurgie qu’on m’a faite. La première chose qu’il m’a demandé fut : « Est-ce qu’on va encore prendre notre douche ensembles maman ? ». Les psychiatres m’ont dit qu’une telle question, était extrêmement positive. Pour ma part, je considère que de cacher la vérité à l’enfant, ne peut que nous rendre plus vulnérable : tous les enfants de ne désirent-ils pas voir un jour notre photo de première communion ? J’aimerais que tout le monde sache que je suis transsexuelle, mais les gens ne sont pas encore assez ouverts à cela. Ce qu’ils retiennent bien souvent au sujet des transsexuels (les) c’est le côté négatif, exemple, un transsexuel a tué son partenaire, pour bien des gens, ce geste restera gravé dans leur mémoire et ils seront persuadés que les transsexuel (les), sont des gens débalancés, des assassins… C’est cette image qu’il faut éliminer… Des médecins, des avocats ou monsieur ou madame tout le monde peuvent être un ou une transsexuel (le), mais vous l’ignorez parce qu’il ou elle est rangé(e) et ne cause pas de problèmes aux autres.

« Ce n’est pas facile d’être un ou une transsexuelle mais je puis vous dire que c’est enrichissant au niveau des expériences humaines, d’avoir été un homme et d’être également une femme. Si j’avais à renaître, je voudrais à nouveau être transsexuel. Je suis uns transsexuelle heureuse. Si j’ai fondé l’A.T.Q. c’est pour venir en aide à tous ces êtres qui me ressemblent. Les aider dans leurs relations familiales, pour les diriger afin qu’ils rencontrent des gens qui ont vécu les mêmes expériences qu’eux ».

« Nick lorsqu’il est arrivé chez nous, était un candidat idéal au suicide. Ce n’est pas le cas de tout le monde, mais ce petit avait besoin d’aide et nous la lui avons apportée ! Il a réussi à s’accepter à 100%, il est bien dans sa peau. La simple perspective de ne pas avoir de pénis, ne le traumatise pas, il a compris que ce qui importe au niveau du sexe, ce n’est pas la forme qu’il a mais le plaisir qu’il apporte ! J’ai accepté cette entrevue dans le simple but de faire comprendre qui sont les transsexuels et peut-

Le complément final : la chirurgie

Au Québec, il n’y a que quelques chirurgiens plasticiens qui effectuent l’opération finale des transsexuels (les). Nous avons rencontré le docteur Yvon Ménard qui nous a dressé un bref tableau de la technique opératoire.

Transformation des organes génitaux mâles en organes femelles :

  • Durée opératoire : Approximativement deux heures
  • Anesthésie générale
  • Amputation du pénis avec conservation d’une partie de l’urètre
  • Castration
  • Confection d’une cavité vaginale, tapissée par la peau du pénis ou par greffe cutanée.
  • Confection des grandes lèvres avec la peau du scrotum.
  • Durée de l’hospitalisation : approximativement cinq jours. Le patient portera à l’intérieur de la cavité vaginale un moule pour une durée de six mois.

Transformation de la femme en homme :

  • Mastectomie (ablation des seins) sous anesthésie générale.
  • Ovariectomie (ablation des organes de reproduction), se pratique sous anesthésie générale
  • Quand à la confection du pénis, elle demeure dans tous les cas, facultative. À partir d’un lambeau tabulé de l’abdomen, on forme un pénis. Cette opération peut parfois causer des complications telles des infections.

Ce n’est guère facile de vivre sa transsexualité. Cela exige deux années d’attente : la période d’observation, celle de la conversion et puis, l’opération terminale. Comme le spécifiait Jules Bureau précédemment, les transsexuels nous donnent une leçon de courage. Après avoir pris connaissance de ce que sont les transsexuels, sommes-nous en mesure de dire « transsexuel (le) avec amour, au même titre que le mots « homme » ou « femme » ? »

Nick en 1984

Nick en 1984

Nick en 1984 avec Anne Béland

Nick en 1984 avec Anne Béland





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