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Quand on change de sexe

| 21:08 | 0 Comments | Source : Dernière Heure (Steve Martin) | Article mis en ligne le 2007-31-03

Marie-Marcelle Jeuneconference_place_des_arts

Pour Marie-Marcelle Godbout, en ce qui concerne le changement de sexe, il n’y a pas deux histoires identiques. Chacun l’a vécu à sa façon. La femme, qui a aujourd’hui 63 ans, a eu la générosité de nous raconter sa propre histoire, qui commence par « il était une fois un petit garçon… »

« Je suis née en Abitibi, précise la fondatrice de l’Association des Transsexuels du Québec, qui se nommait alors Marcel. Je suis le bébé d’une famille de sept enfants. J’ai été élevée par une mère qui a respecté totalement ma différence durant mon enfance. On ne m’a jamais crié après parce que je n’étais pas correcte d’être comme je suis. »

Le calvaire a cependant commencé pour Marie-Marcelle le jour où elle a découvert l’école. « Avant l’âge de trois ans, le sexe n’avait pas d’Importance pour moi. Mais quand je suis arrivée dans une cour d’école, mon enfer a débuté. À l’époque, c’était les petits gars avec les petits gars et les petites filles avec les petites filles. Je peux dire que, dès ma première journée d’école, tous les enfants ont capté que je n’étais pas vraiment un petit gars comme les autres. C’était sûrement à cause de ma gestuelle…

Heureusement, j’avais une facilité à créer mon propre univers. Dès ma plus tendre enfance, je visualisais ce que je suis maintenant en tant que personne. Tous les soirs, avant de m’endormir, je m’évadais dans mes rêves et j’imaginais comment je voulais que ma vie se passe. J’ai découvert la visualisation sans que personne ne m’en parle et ça m’a aidée énormément. »

L’exil

Puis, vers l’âge de 16 ans, Marie-Marcelle a eu son premier emploi. Elle s’occupait des malades dans un sanatorium. « C’est là que j’ai vu mon premier article parlant de la transsexualité. Avant, je me disais que je ne pouvais pas parler de ce secret. À l’époque, la religion avait un pouvoir énorme au Québec. Autour de la table, chez moi, ce qui faisait rire mes frères, c’était une bonne blague sur les homosexuels. Dans mes cours de catéchisme, on enseignait que l’homosexualité signifiait l’enfer pour l’éternité. Au sanatorium, j’ai avoué à une fille que j’avais trouvé un article parlant d’une personne qui avait subi une intervention chirurgicale pour changer de sexe. Et je lui ai dit que j’étais certaine que c’était ce qu’il me fallait. Malheureusement, ma supérieure m’a entendu et elle m’a traitée de maniaque sexuelle. J’ai donc été mise à la porte.

C’est ainsi que Marie-Marcelle a quitté sa ville et sa région pour aller habiter à Montréal. C’est à cet endroit qu’elle a fait la rencontre de Lana St-Cyr (de son vrai nom, Raymond Dubé), le premier travesti du Québec, et a décidé à son tour de se lancer dans le monde du spectacle sous le pseudonyme Mimi de Paris. « Avant 1969, s’habiller en femme, c’étais considéré comme criminel. On pouvait se vêtir ainsi sur scène pour un spectacle, mais dans la rue, on pouvait se faire arrêter parce que c’était associé à l’homosexualité, qui était un acte criminel. » Harcelée par les policiers, Marie-Marcelle a quitté Montréal pour Vancouver en 1967. C’est à cet endroit qu’on lui a fait découvrir les traitements aux hormones. « À l’époque, c’était sur le marché noir. On prenait n’importe quoi. »

La « cerise sur le sundae »

« Je me suis fait opérer à Toronto le 18 octobre 1979. J’avais passé toutes les étapes pour en arriver là. Ça n’était presque plus une nécessité. Quand on se fait un sundae, la cerise qu’on met dessus, ce n’est pas ce qui fait le sundae. C’est juste que, pour l’œil, ça fait plus beau. Avant que je subisse cette intervention chirurgicale, le cheminement a été tellement long que, quand j’ai ouvert les yeux et que j’ai réalisé que c’était fait, c’était comme quelque chose de tout à fait normal. Ce n’était pas comme tourner la page d’un livre. Personne ne naît femme, on le devient. Dans ma vie, tout mon parcours a été pour que ce jour-là arrive, de ma naissance à ce matin-là. Et si j’avais à renaître, je ne voudrais pas que ce soit autrement qu’en transsexuelle. »

Pour en connaître plus sur l’Association des Transsexuels du Québec et sur l’événement Fierté Trans du 28 avril, visitez le site www.atq1980.org

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Categories: Articles, Communautaires, Communauté trans, Faits divers, Société, Transition

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