Ni perversion, ni déviance

Le psychiatre Jean-Pierre Bernatchez du CHUL, à Québec, a suivi environ 200 transsexuels depuis une trentaine d'années, du début de leur cheminement jusqu'à l'étape ultime, l'intervention chirurgicale.

Le psychiatre Jean-Pierre Bernatchez du CHUL, à Québec, a suivi environ 200 transsexuels depuis une trentaine d'années, du début de leur cheminement jusqu'à l'étape ultime, l'intervention chirurgicale.

Changer de sexe n’a rien à voir avec la déviance, encore moins avec un caprice. Les personnes entamant un tel cheminement présentent au contraire une souffrance profonde, touchant à ce qu’elles ont de plus intime.

Dans son bureau du CHUL, le psychiatre Jean-Pierre Bernatchez a suivi environ 200 transsexuels depuis une trentaine d’années, du début de leur cheminement jusqu’à l’étape ultime, l’intervention chirurgicale. La plupart pendant deux ans à quatre ans, jusqu’à 12 ans dans un cas.

Parfois, un patient «vire de bord» avant l’opération finale. «Notre but n’est pas de les convaincre, mais de s’assurer qu’ils sont certains de leur décision.» Deux lettres de psychiatre sont d’ailleurs exigées au Québec avant de passer sous le bistouri.

Il faut savoir prendre son temps, note le médecin. «Il y a eu des histoires d’horreur, entre autres aux États-Unis, où des gens voulaient se faire réopérer au bout de deux ans parce qu’ils s’étaient trompés. Il y a eu des dépressions, des suicides.»

Le Dr Bernatchez dit avoir revu environ la moitié de ses patients après leur opération et jure d’une chose : tous, sans exception, étaient plus épanouis.

Mélange des genres

Le spécialiste déplore le mélange des genres ( !) dont souffre le transsexualisme dans l’esprit populaire. «Ça n’a rien à voir avec l’attirance sexuelle ou une perversion.»

L’identité sexuelle naît, explique le médecin, par le «processus d’élevage» que constituent tous ces comportements extérieurs qui nous font sentir garçon ou fille. Mais attention : le fait qu’un enfant enregistre le message contraire ne découle pas du comportement de ses parents. Combien de parents, même, auront tout fait pour «masculiniser» leur garçon trop porté à leur goût sur les jeux de fille, illustre le Dr Bernatchez.

Autre mythe, un tel sentiment n’est pas en lien avec l’apparence physique. «Il y en a de toutes les carrures, de toutes le statures.»

«Malgré toutes les études biologiques, hormonales, chromosomiques, on n’a jamais trouvé de quelconque anomalie, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas une explication biologique.» L’une des hypothèses serait qu’au cours de la grossesse, l’imprégnation hormonale se fasse différemment au niveau du cerveau que dans le corps. «Mais ce n’est qu’une hypothèse.»

Chose certaine, dit-il, aucune thérapie ou psychanalyse n’a permis à une personne transsexuelle de modifier sa perception d’elle-même. Des hommes ont tenté de le faire en se tournant vers des activités très masculines, l’armée, les sports extrêmes, le culturisme. En vain…

Cheminement

Il faudra au médecin de un à deux ans uniquement pour sonder les motivations psychologiques de son patient. Une fois l’idée bien affirmée, «on lui conseillera de s’habiller et de vivre comme l’autre sexe 24 heures par jour». Le patient recevra une attestation médicale pour lui éviter ou atténuer les situations désagréables, par exemple s’il est interpellé par la police.

La personne est invitée à s’intégrer socialement dans son nouveau rôle, en allant à l’école ou se trouvant un nouvel emploi, si elle ne peut conserver l’ancien. Le Dr Bernatchez salue à cet égard le «grand courage» de plusieurs patients, qui ont révolutionné leur entourage en faisant accepter leur nouvelle identité.

«Le succès de la démarche de préparation se mesure lorsqu’on a fait disparaître toute idéalisation de ce que la personne veut être.» Autrement dit, briser l’image du bonheur garanti une fois que le changement de sexe sera complété. Homme ou femme, chacun et chacune demeure avec ses insatisfactions, ses défauts… «Même si ça permet un épanouissement, ça n’efface pas la personnalité passée.» Et ce n’est pas non plus un gage de beauté physique !

Pour beaucoup, la chirurgie ne sera que la cerise sur le gâteau. «C’est seulement une correction chirurgicale, tout est déjà accompli psychologiquement.»





Commentaires (1)


  1. Joëlle Dit:

    Pour moi et selon beaucoup d’études scientifique, le transsexualisme est d’origine morphologique, c’est à dire, qui vient du corps. Nous sommes né(e)s avec un cerveau sexué différement du corps, qui va dans la direction de l’autre sexe.
    Cela me surprends a cahaque fois de voir que l’on promouvoit l’édiologie psych du genre alors que les fait physique sont constament ignorer.

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  2. Hergé Dit:

    Chacun son point de vue… Je ne crois pas qu’il faille tout mettre dans le même panier. Il faudrait peut-être améliorer les faits au lieu de vouloir à tout prix trouver un coupable. Pour ma part, je crois beaucoup en la lucidité de l’esprit!

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