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Marie-Marcelle Godbout « Les épreuves de ma transsexualité »

| 00:44 | 0 Comments | Source : Dernière Heure (Suzette Paradis) | Article mis en ligne le 1997-01-03

Marie-Marcelle 1996 et chienÀ 53 ans, Marie-Marcelle demeure une énigme pour la plupart d’entre nous. Arrière-petite-nièce de l’ancien premier ministre Adélard Godbout, celui-là même qui a permis aux femmes de voter au Québec, Marie-Marcelle était certaine, durant sont enfance d’être une petite fille dans un corps de garçon.

On imagine déjà une adolescence difficile et une vie adulte parfois douloureuse, Heureuse depuis 20 ans dans sa nouvelle peau, Marie-Marcelle a non seulement un compagnon de vie stable mais, bien qu’elle veuille garder ce fait discret, elle a aussi élevé un enfant, Patrick.

Invitée à la 1 000e émission Claire Lamarche en raison de l’intérêt que lui porte le public, elle nous confie son histoire.

Marie-Marcelle, comment avez-vous vécu l’époque où vous étiez un petit garçon ?

Dans ma tête, je n’ai jamais été un petit garçon. Quand j’ai eu quatre ans, mon entourage avait déjà compris que j’étais différent. Je suis le fantasme incarné de ma mère, qui souhaitait ardemment avoir une petite fille quand elle me portait. Je suis la plus jeune d’une famille de sept enfants ; ma mère n’a eu qu’une autre fille. Ma sœur a 70 ans aujourd’hui et nous commençons à peine à nous connaître depuis la mort de son mari l’an dernier. Elle vient de découvrir qu’elle a une sœur !

Avez-vous vécu une enfance douloureuse ?

Je n’ai jamais de problèmes parce qu’il était clair que j’étais une petite fille. Les côtés masculins et féminin sont présents chez tout être humain en proportions variables ; on est plus ou moins l’un ou l’autre. Dans mon cas, même si j’avais une constitution biologique masculine, j’étais une femme. Le problème était plutôt d’ordre culturel. Il faut se replonger dans le contexte des années 40 ou 50, où le mâle régnait en maître.

Votre adolescence a-t-elle été difficile ?

J’étais la risée des autres : j’ai été ridiculisée de toutes les façons possibles. J’avais une attitude féminine, mais plus je tentais de la cacher, plus elle devenait apparente. Rappelez-vous la scène de La cage aux folles où Albin essaie de prendre des manières masculines, alors qu’il obtient l’effet contraire. À l’école on me traitait de fifi de femme, de tapette. Ces propos me faisaient mal. Je me disais : « Pourquoi moi ? Qu’est ce que j’ai fait pour subir tant de rejet ? »

Aviez-vous l’appui de votre entourage ?

Comme mes frères et ma sœur étaient beaucoup plus âgés que moi, j’étais plutôt isolé ; un seul de mes frères a toujours été très près de moi. Je suis parti de chez moi à 15 ans ; même si les gens étaient blessants, j’avais la personnalité assez forte pour surmonter ce genre d’épreuves. À 19 ans, j’ai vraiment pris conscience de l’être que j’étais.

Malgré votre apparence efféminée, avez-vous trouvé du travail ? Aviez-vous des amis ?

J’ai travaillé dans un hôpital auprès des vieillards. Je m’y étais d’ailleurs fait une amie que j’aimais beaucoup. J’ignore ce qu’elle pensait de moi, car le jour où je lui ai avoué mon histoire, une religieuse m’a entendu et, dès le lendemain, on m’a accusé d’être un maniaque sexuel, puis congédié. J’avais 18 ans et je me retrouvais seul, sans ami.

À quel moment avez-vous commencé à envisager de subir une opération pour changer de sexe ?

J’ai mis beaucoup de temps avant d’y penser sérieusement. Dans une revue, j’avais découvert Christine Jorgensen, une Américaine, la première transsexuelle à se faire connaître publiquement en 1952. Je savais donc que c’était possible. Le soir, quand je me couchais, je souhaitais me réveiller dans la peau de l’autre sexe.

Aviez-vous une orientation sexuelle claire ?

Ma sexualité n’était pas éveillée… Tout se jouait sur le plan de mon identité parce qu’à partir de 18 ans, quand j’ai déménagé de l’Abitibi à Montréal, j’ai vécu mon identité féminine. D’après moi, j’étais bisexuelle, comme je le suis toujours aujourd’hui. Dans les hôpitaux et les cabarets, j’ai connu des homosexuels, des gens différents de moi. Un jour, j’ai rencontré le travesti Lana St-Cyr, qui m’a donné l’occasion de faire des spectacles comme comédienne et magicienne. C’est comme ça que Michel Tremblay m’a connue.

À quelle occasion ?

Il m’avait vue sur scène. Un jour, je suis allée conduire une copine à l’audition du film Il était une fois dans l’est, de Tremblay. On m’a demandé mon nom, croyant que je venais aussi auditionner. Quand j’ai dit Mimi de Paris, mon nom de scène, j’ai entendu un grand cri. C’était Michel Tremblay. Mon nom figurait dans son scénario. Il m’a tout de suite embauchée pour jouer le rôle d’une waitress aux côtés de Denise Filiatrautl

En tant qu’adulte, que vit-on lorsqu’on prend une identité de femme mais qu’on est civilement reconnu comme un homme ?

On vit de la persécution, parce qu’on est différent. Je me rappelle qu’un jour, alors que je travaillais comme serveuse, les policiers ont fait une descente et m’ont embarquée pour racolage aux tables. En voyant mes papiers d’identité, ils m’ont accusée de m’être déguisée. Je n’ai jamais eu de problèmes avec mon sexe mâle : c’étais tolérable. Le problème était social.

C’est pour cette raison que vous avez décidé de vous faire opérer ?

À la fin des années 60, j’avais déjà des seins et la voix que j’ai aujourd’hui, grâce au traitement hormonal. Un jour, après avoir gagné un trophée à un gala d’artistes, je me suis retrouvée seule chez moi à penser au traitement qu’on me réserverait dans ma vieillesse. Je me souvenais d’un patient homosexuel qu’on maltraitait terriblement. J’ai eu peur qu’on me réserve le même sort, et c’est ce jour-là que j’ai vraiment pensé à subir l’opération. J’avais aussi très peur d’avoir un accident d’automobile et qu’à l’hôpital, en me déshabillant, on découvre que j’étais un homme.

Qu’avez-vous fait alors ?

J’ai rencontré des sexologues à l’UQAM où, en tant que cobaye, j’ai suivi une thérapie pendant deux ans, à raison d’une séance par semaine. Je l’ignorais mais, dans la salle d’entrevue, un miroir sans tain permettait à des étudiants en sexologie de m’observer. J’ai été aussi le sujet d’une expérimentation chirurgicale. C’est à Toronto que se trouvait le meilleur chirurgien, le DR Lindsay. En 1978, il m’a opérée. À l’époque, l’intervention coûtait à peu près 3 000$ ; aujourd’hui, il faut plutôt compter 7 500$.

Après l’opération, comment s’est passé le réveil ?

En grande douleur. Tu te demandes pourquoi tu as fait ça parce qu’au fond ça change rien. Si tu étais déséquilibrée avant, tu le restes après et ça ne fait qu’empirer. Il n’y a pas d’amélioration dans ce cas-là.

En amour, qu’avez-vous vécu à partir de ce moment ?

J’ai eu des amoureux hommes et femmes, mais les homosexuels ne sont pas intéressés par moi. Parmi mes partenaires, certains savaient à qui ils avaient affaire, d’autres pas.

Quelle est votre activité principale ?

J’ai fondé l’Association des transsexuels du Québec et je fais de l’écoute active. Je donne aussi de nombreuses conférences partout au Québec et parfois même en Europe. Il y a environ 500 à 600 transsexuels au Québec, hommes devenus femmes et vice-versa. Les transsexuels ne sont pas tous heureux. Certains se rendent finalement compte qu’ils se sont trompés. Bien qu’il faille suivre une thérapie et passer devant un comité avant l’opération, il est très facile de tromper les psychologues. Plusieurs travestis confondent l’excitation qu’ils éprouvent en se déguisant avec un désir de transsexualité. C’est pourquoi je crois qu’il y a un transsexualisme génétique et un autre acquis.

Comment les distinguez-vous ?

Le premier se détecte dès la tendre enfance. Dans mon cas, par exemple, jamais je n’aurais pu être autre chose qu’une femme. C’est différent de celui qui est excité par le port de vêtements féminin. Celui-ci, s’il réussit à fausser l’évaluation, pourrait avoir bien des regrets.

Dans les années 70, Marie-marcelle, alias Mimi de Paris, étais magicienne. C'est à cette époque que Michel Tremblay lui a offert un rôle dans son film "il étais une fois dans l'Est"

Dans les années 70, Marie-marcelle, alias Mimi de Paris, étais magicienne. C’est à cette époque que Michel Tremblay lui a offert un rôle dans son film “il étais une fois dans l’Est”

Dans son album de famille, à côté de ses parents et d'elle enfant, Marie-Marcelle a ajouté une photo d'elle devenue femme.

Dans son album de famille, à côté de ses parents et d’elle enfant, Marie-Marcelle a ajouté une photo d’elle devenue femme.

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Categories: Articles, Faits divers, Société, Transition

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