Ensemble pour renseigner la population trans et non trans à propos de la transidentité afin de
pouvoir combattre ensemble les préjugés qui l'entourent et ainsi faire avancer les choses socialement.

Le tabou transsexuel: Pierre s’appelle Marie-Pier

| 15:47 | 0 Comments | Source : La Presse (Rima Elkouri) | Article mis en ligne le 2012-20-05

Son identité féminine, Marie-Pier Laverdière l’a longtemps gardée sous clé. «Ç’a été un tabou toute ma vie», dit d’emblée la femme transsexuelle de 64 ans.

J’ai rencontré Marie-Pier pour la première fois chez elle, à Gatineau, peu de temps avant l’intervention de changement de sexe. Une femme discrète et soignée, aux yeux d’un bleu perçant, portant une jupe et des talons hauts.

Si j’avais sonné à sa porte il y a deux ans à peine, j’aurais eu l’impression de voir une tout autre personne. Car jusqu’à tout récemment, Marie-Pier s’appelait Pierre et vivait en apparence comme un homme marié ordinaire, en couple depuis 24 ans avec Francine.

Attirée par l’univers féminin depuis son enfance, Marie-Pier a toujours réprimé son sentiment profond d’être femme. Un déni à l’origine d’une souffrance terrible. «J’ai toujours cru que j’étais un freak, dit-elle, les yeux embués. Durant ma vie adulte, j’ai eu beaucoup de pensées suicidaires, comme bien des femmes transsexuelles.»

En juin 2007, un infarctus a fait basculer sa vie. Marie-Pier s’est retrouvée en convalescence à la maison. Privée de son travail, son principal point de repère masculin, elle a senti un besoin urgent d’explorer sa féminité. «J’ai acheté en cachette des vêtements féminins. Des sous-vêtements, des robes, des chaussures, une perruque… J’ai pu expérimenter un peu avec le maquillage.»

Pendant trois ans, quand Francine partait travailler, Marie-Pier, seule à la maison, s’habillait en femme. Elle ne comprenait pas d’où lui venait cette impulsion. Elle a tenté de la réfréner en se débarrassant des vêtements. Mais c’était plus fort qu’elle. Elle en rachetait aussitôt, et les gardait sous clé pour éviter que sa femme les trouve.

Voilà qu’un jour, sans trop y penser, Marie-Pier a laissé traîner des sous-vêtements féminins sur une étagère dans son bureau. Une sorte d’acte manqué. «Peut-être que, dans mon subconscient, c’était voulu. Parce que vivre cela, c’est porter un fardeau énorme.»

Un jour que Marie-Pier (qui s’appelait donc toujours Pierre) était allée jouer au golf, Francine a décidé de l’aider à faire du rangement dans son bureau. Elle a trouvé les sous-vêtements. Elle était en état de choc.

«À qui est-ce?» Marie-Pier lui a avoué que c’était à elle. «Pourquoi?» Elle n’en savait rien. «Je me sens bien dans des vêtements féminins. Je ne sais pas pourquoi…»

Le couple a longuement discuté. «Il faut que tu trouves ce qui ne va pas. Il faut que tu en parles à ton médecin.»

Marie-Pier a consulté son médecin, qui l’a dirigée vers une sexologue. Le diagnostic est tombé: dysphorie du genre. Elle n’était donc pas «un freak» comme elle l’avait toujours cru. Elle était une femme enfermée dans un corps d’homme, un trouble reconnu dont elle n’avait jamais entendu parler.

Des perruques et des hommes

Cette découverte, déstabilisante pour Marie-Pier, l’était tout autant pour Francine. Du jour au lendemain, il lui a fallu accepter de dire «elle» et non «il». Il lui a fallu accepter que son «mari» qu’elle aimait était en fait une femme, qui allait donc s’habiller en femme.

Au début, Francine ne voulait pas que cela se fasse devant elle. Marie-Pier se changeait en Pierre avant que sa compagne ne rentre du travail. Un jour, Francine est rentrée un peu plus tôt que d’habitude. Marie-Pier était encore en jupe. Elle portait une perruque. En voyant la porte s’ouvrir, elle a arraché sa perruque et l’a posée sur la table. Francine a éclaté de rire. «Depuis ce jour, elle accepte. C’est là que j’ai commencé à vivre 100% en femme», raconte Marie-Pier.

Un matin de septembre 2010, Pierre est devenu Marie-Pier au grand jour. Elle a cogné à la porte des voisins pour les avertir. «Je veux que tu saches que je vis présentement en femme. Je m’appelle Marie-Pier, maintenant.» Certains ont été très compréhensifs. D’autres n’ont rien voulu savoir.

Sa belle-mère de 81 ans, qu’elle adore, a de la difficulté à l’interpeller au féminin. «Elle m’a vue pendant plus de 20 ans en homme. Elle a de la difficulté à comprendre, mais pas à accepter», dit Marie-Pier, la gorge nouée.

Marie-Pier se trouve très chanceuse d’avoir pu compter sur le soutien de ceux qu’elle aime. Bien des transsexuels sont rejetés par leurs proches. «C’est certain qu’on a perdu des amis. Surtout des hommes qui ne peuvent pas s’imaginer une situation comme celle-là. Pour eux, c’est de s’émasculer et c’est affreux.»

On a beau parler de plus en plus de transsexualisme, certains mythes restent tenaces. Bien des gens croient à tort que Marie-Pier, comme d’autres, a «choisi» de devenir une femme. «Mais quel homme voudrait être traité comme une personne de seconde classe? Risquer de devenir la risée des gens? Qui ferait ce choix-là?»

Un deuil, une renaissance

Après avoir consulté des spécialistes, Marie-Pier a amorcé sa transition d’homme à femme. Elle a commencé à prendre des hormones. Sa pilosité s’est réduite. Sa peau s’est adoucie. Francine, qui l’a accompagnée pendant tout le processus, a été d’un soutien extraordinaire, dit-elle. Elle l’a aidée à se maquiller, à choisir des vêtements pour bien «passer» comme femme. «Je suis trahie par ma voix. C’est mon plus gros défi», dit Marie-Pier qui prend des cours sur l’internet pour apprendre à féminiser sa voix.

Francine a bien sûr été déstabilisée au début par la soudaine sortie du placard de Marie-Pier. Mais la découverte de sa condition identitaire a aussi renforcé la complicité déjà solide du couple. Une complicité qui n’était pas basée sur la sexualité. Elles étaient deux âmes soeurs. Elles le sont toujours. Aujourd’hui, Francine a fait le deuil de Pierre. Elle ne peut même plus imaginer voir Marie-Pier en homme.

Marie-Pier a subi une vaginoplastie le 30 avril. Elle s’est aussi offert en même temps une augmentation mammaire (une opération qui n’est pas remboursée par le gouvernement). Je l’ai revue lundi dans le jardin de la maison de convalescence du Centre métropolitain de chirurgie plastique, à Montréal, seul endroit au pays qui se spécialise dans les changements de sexe. Tirée à quatre épingles, plus radieuse que jamais. «Je ne ressens pas de perte, mais une grande libération. Je me sens complète, authentique.»

Marie-Pier dit que le Dr Pierre Brassard lui a sauvé la vie, comme il sauve la vie de tous les patients dans sa condition. «Avant, on m’aurait dit: Tu crèves demain, ça ne m’aurait absolument rien fait.»

Ce n’est plus le cas. À 64 ans, Marie-Pier a l’impression de renaître.

***

D’HOMME À FEMME: VAGINOPLASTIE

Intervention plus simple que la phalloplastie

Durée: deux heures

Le Dr Brassard et son équipe utilisent la technique d’inversion pénienne en une étape. La peau pénienne est inversée comme un gant après une incision en dessous du pénis. On crée une cavité vaginale. Le clitoris est fabriqué à partir de la peau sensible du gland.

Résultat:

Extrêmement réaliste. «Il y a même des docteurs qui s’y méprennent», dit le Dr Pierre Brassard.

Source: le Dr Pierre Brassard, Centre métropolitain de chirurgie


Categories: Articles

Laisser un commentaire

tu dois être enregistré sous pour poster un commentaire.

  • RSS
  • Twitter
  • Facebook