Avoir le choix

On parle tellement souvent de choix. On entend l’expression populaire : « dans la vie on a toujours le choix ». Ça veut dire quoi avoir le choix? Est-ce que c’est simplement l’action de choisir une chose plutôt qu’une autre ou le choix implique une certaine liberté? On entend souvent le terme « libre choix ». Est-ce que l’expression: « avoir le choix implique la présence de cette liberté de choix?

Moi je crois que avoir le choix c’est avoir le droit de choisir en toute liberté. Certains choix sont des choix dirigés. Il y a plusieurs facteurs qui influencent un choix. Certain sont des éléments à considérer et d’autres sont tout simplement des forces incontrôlables qui sont tellement importantes qu’ils éliminent la liberté dans le choix.

Donc non, dans la vie, on n’a pas toujours le choix. On n’a pas toujours la liberté de choisir selon nos envie ou nos goûts. Il y a des choses qui s’imposent et nous sommes forcés de choisir une chose par rapport à une autre.

Dans mon cas, je suis transsexuelle. Aie-je fait ce choix? Certains diront que oui. Mais la question que je devrais poser c’est : « Aie-je fait un libre choix de devenir physiquement et socialement une femme »? Dans les faits, non, j’ai eu à faire un choix forcé. En gros, j’avais 3 choix :

  1. Le changement : Transformer mon rôle social et mon aspect physique pour les rendre féminin.
  2. Le statu quo : Continuer de souffrir et avoir honte mais aussi continuer les tentatives de suicide et les rendez-vous chez le psychiatre, les anti-dépresseurs inefficaces.
  3. La fin: Attacher une corde au plafond du garage et grimper sur 2 chaises empilées une par-dessus l’autres, me passer la corde autour du coup et donner un coup de pied sur la chaise du haut.

Donc on peut résumer à : changer de vie, souffrir ou faire souffrir les autres. On dirait que le choix est facile à faire, non? En fait, pour moi, le choix était obligé. Le choix le meilleur était celui sans souffrance.

Je n’ai donc pas choisie d’être transsexuelle et je n’ai pas choisie de faire une transition. Quand j’entend : « Il faut assumer les conséquences de ses choix » pour un choix que j’ai été forcé de faire, c’est un peu de me dire que j’aurais dû me suicider. Comme ça, je n’aurais pas à subir les conséquences de ce choix forcé.

Imaginez deux secondes quelqu’un dire à une personne qui a le cancer : « Tu as choisie de faire de la chimio, ben assume de perdre tes cheveux ». Tous trouveraient que cette personne est vraiment sans cœur et il y aurait probablement quelqu’un qui s’insurgerait pour dire qu’elle n’a pas choisie sa chimiothérapie; c’était entre ça ou la mort. Bien, être transsexuelle, c’est exactement la même chose qu’une chimiothérapie. Le cancer est là et le choix est obligé. De la même manière, l’identité de genre est là et le choix est obligé.

Pour un choix obligé, est-ce qu’il faut assumer les conséquences? Non, il ne faut pas les assumer, il faut les endurer et il faut faire avec. C’est exactement se qui se passe dans ma vie en ce moment. Je subie les conséquences de choix forcés et d’événements qui se sont produit dans ma vie.

Ma transition d’identité de genre et ma perte d’emploi font en sorte que je me retrouve dans une impasse. Peut-être pas une impasse mais une situation où je suis ENCORE obligée de faire des choix forcé. J’aimerais bien avoir le choix de ma date de chirurgie de changement de sexe mais il n’y a pas de place avant février et même mars probablement. J’ai la chance de l’avoir plus tôt vu qu’il y a une annulation!

Est-ce que j’ai choisie de me faire opéré? Est-ce ça me tente de passer une dur épreuve dans ma vie, de souffrir et d’avoir à faire des étirements vaginaux tout le reste de ma vie? NON! Personne ne souhaite ça! Pour moi, c’est essentiel afin de me sentir bien. C’est moins pire la souffrance de la chirurgie additionné à des étirements vaginaux à vie que de sentir des érections et de me voir pleurer plus souvent qu’à mon tour quand mon sexe ou mon genre entre en ligne de compte.

On me parle de mes choix et qu’il y a des conséquences à ces choix… Oui c’est vrai. Mais dans le cas présent, j’avais choisi d’aller à l’université pour faire ma maîtrise et ce choix se fait tasser par la réalité de ma transition et par la réalité que mon chômage va se terminer à la mi-avril. Cela fait que je ne peux pas me faire opérer en mars, car je me retrouverais sans le moindre revenu.

J’avais choisi de faire ma chirurgie en même temps que mon amoureuse, mais la réalité des choix obligés et de ma perte d’emploi en a voulu autrement. J’avais choisi de faire une maîtrise et la réalité des choix forcés en a voulu autrement.

Je n’ai pas choisie d’être transsexuelle et j’avais choisie d’aller à l’école. J’espère qu’un jour, la vie me laissera faire ce que je choisi en toute liberté. J’espère que ma réalité de transsexuelle va un jour finir par me laisser faire mes choix en toute liberté.





Commentaires (3)


  1. Daniel Laplante Dit:

    Tu vois, c`est exactement ce que je me suis évertué a expliquer a mon ex- conjointe, seulement je me suis jamais aussi bien exprimé que toi dans cet article. Je me suis permis de lui faire parvenir d`ailleurs en espérant qu`elle y apprenne quelque chose de constructif.

    C`est clair et simple a comprendre.

    Merci.

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  2. dominic Dit:

    Tres beau texte, tres vrai, cest tout a fait ça.

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  3. ATQ (Association des transsexuels et transsexuelles du québec) : Un coming-out ambulant Dit:

    [...] moi, le plus difficile à faire. Pourquoi c’est le plus difficile? Parce qu’il n’y a pas de choix. C’est en quelque sorte impossible de le cacher à ses parents, amis et confrères au bureau. [...]


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